Isaac Israëls est un peintre hollandais (1865-1934). Il fit partie du mouvement des impressionnistes d’Amsterdam, un mouvement pictural de la fin du XIXème siècle, associé principalement au peintre George Hendrik Breitner. Il accompagne son père, peintre lui aussi, à Paris en 1878 et y rencontre Manet et Lieberman, avec lesquels il peindra souvent plus tard. Il est profondément marqué par l’impressionnisme français, auquel il associe des influences du réalisme traditionnel hollandais. Au début de sa carrière, Isaac Israëls représente essentiellement des paysages pour ensuite se diriger vers la peinture de portraits et de scènes de rue.

Ce tableau est une reprise d’un thème classique en peinture : la jeune femme qui lit. Le livre peut accompagner un portrait officiel, témoignant de l’éducation et des intérêts de la personne représentée, mais il peut également, et c’est le cas ici, évoquer l’intimité de la lecture. Le peintre représente ici une jeune fille allongée sur des coussins, pas particulièrement apprêtée, les cheveux défaits, toute entière absorbée par sa lecture. Tout est fait pour éloigner l’idée d’une mise en scène. Il s’agit de retrouver l’authenticité de l’expérience de lectrice. D’ailleurs, le livre occupe le centre du tableau. Les yeux de la jeune femme sont presque clos, traduisant la concentration. Les éléments de décors, viennent se fondre les uns aux autres, comme pour faire ressortir le sujet. Dans la tradition impressionniste, le peinte Isaac Israëls cherche l’expérience du quotidien plutôt que le cérémonial.

Seul le corps de la jeune femme, clair, comme encadré par ses cheveux bruns et sa robe, semble ressortir particulièrement du tableau. Le seul élément de couleur vive dans cette peinture est la bouche de la femme, fermée, qui suggère également la concentration. Cette mise en valeur du corps, mais un corps qui ne « pose » pas, qui n’existe pas à travers la recherche du regard de l’autre (les yeux sont entièrement rivés sur le livre, presque fermés), semble alors souligner la nécessaire implication du corps dans la lecture. Cette implication du corps dans la lecture est l’un des grands sujets de Roland Barthes, par exemple, qui écrit : « Lire, c’est faire travailler notre corps (…) à l’appel des signes du texte, de tous les langages qui le traverse et qui forment comme la profondeur moirée des phrases ». La technique du peintre qui, dans la lignée des impressionnistes, travaille avec la matière de la peinture, une pâte épaisse, et laisse apparaître le mouvement des coups de pinceaux, renforce la dimension organique, brut, de cette représentation.

Une Jeune fille lisant sur le divan apparaît ainsi comme un tableau qui semble vouloir rendre compte de l’expérience singulière de la lecture, où le corps lui-même est impliqué. Le peintre cherche à saisir cette intimité de la lecture et sa profondeur.

Passionnée par la littérature, la philosophie, l’histoire, l’animation japonaise et mille autres choses encore. Je cherche la poésie lovée au creux des choses. Car oui, « La poésie, c’est le plus joli surnom que l’on donne à la vie » (Prévert).

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