Jaurès assassiné !

 

Discours prononcé par Léon Jouhaux aux obsèques de Jaurès, 4 août 1914. Manuscrit, Pierrefitte-sur-Seine, Archives nationales
Discours prononcé par Léon Jouhaux aux obsèques de Jaurès, 4 août 1914.
Manuscrit, Pierrefitte-sur-Seine, Archives nationales

Pour tous, l’image de Jean Jaurès est celle d’un martyr marquant car sa mort en annonce d’autres : le 31 juillet 1914 Jaurès s’effondre, le 4 août nos drapeaux se lèvent. L’image d’Épinal a remplacé l’homme et nous disons parfois Jean Jau’ avec en tête une station de métro. L’exposition présentée actuellement aux Archives nationales, site de Paris, prend le parti de tuer dès le début la bête mythique pour se pencher sur les dépouilles du citoyen Jaurès.

 

Jaurès jeune professeur, 1884. Castres, Musée Jean Jaurès
Jaurès jeune professeur,
1884. Castres, Musée Jean Jaurès

Jaurès est un homme complexe, d’une complexité que parviennent efficacement à rendre les différentes sections de l’exposition qui suivent d’abord de manière chronologique le parcours brillant de ce cacique de la rue d’Ulm. Agrégé en 1881, il retourne dans le Tarn pour y enseigner, et l’on se prend un instant à rêver d’être assis sur les bancs du Lycée d’Albi pour écouter cet homme d’une rare finesse intellectuelle.

 

Manuscrit du premier éditorial de L'Humanité, avril 1904. Seine-Saint-Denis, Archives de L'Humanité
Manuscrit du premier éditorial de L’Humanité, avril 1904.
Seine-Saint-Denis, Archives de L’Humanité

Puis vint le temps de l’engagement. Les œuvres exposées donnent toute la mesure du puissant verbe de Jaurès, sous ses deux aspects : son éloquence tribunitienne et l’acuité de sa plume. Sa graphie elle-même est pleine d’ampleur tout en restant franche et simple. On l’entend s’emporter à l’écrit, il ne rature jamais. N’ayant conservé aucun enregistrement audio de Jaurès, les commissaires ont voulu pallier ce manque en diffusant une reconstitution de quelques-unes de ses interventions. Cette audace scénographique, accompagnée d’un petit hémicycle où l’on peut s’asseoir, occasionne plus un brouhaha gênant qu’un réel éclairage sur l’ambiance sonore de la Chambre des députés de l’époque. Pensez simplement : il n’y avait pas de micro.

Antonio Galbez. « Peuple, pense à Jaurès mort pour toi », novembre 1919. Affiche, Montreuil, Musée de l'Histoire vivante
Antonio Galbez. « Peuple, pense à Jaurès mort pour toi », novembre 1919.
Affiche, Montreuil, Musée de l’Histoire vivante

La diversité des facettes de Jean Jaurès se révèle tout au long de l’exposition, ce qui permet d’apprécier ses engagements multiples, locaux et nationaux. Les grands idéaux qui le poussent à s’engager sont déclinés grâce à des documents qui recréent la vigueur d’un débat public houleux où Jaurès était loin de faire l’unanimité. A l’heure où l’on compte dans les discours du candidat de droite Sarkozy lors de la campagne de 2007 88 citations de Jaurès, il est bon de rappeler que ce tempétueux tribun mena certains combats seul contre tous. Sans doute est-ce cette intransigeance assise sur une réflexion profonde qui permit à Jaurès d’incarner à la fois l’idéalisme et le réalisme. Il dit ainsi un jour à la Chambre :

 

Un jour viendra peut-être où nous serons abattus par un de ceux que nous voulons affranchir… Qu’importe ! L’essentiel est que nous fassions œuvre d’homme en attendant d’être couchés à jamais dans le silence et dans la nuit.

 

Ainsi, alors qu’en entrant aux Archives j’avais lu avec détachement les unes annonçant la mort d’un personnage historique, j’en ressortais pleurant un ami en silence.

 

Informations pratiques :

 
Archives Nationales, site de Paris (Hôtel de Soubise, 60 rue des Francs-Bourgeois)
Du lundi au vendredi (10h00-17h30), samedi et dimanche (14h00-17h30)
Fermé le mardi et les jours fériés.
Tarifs : 6€/4€, gratuit pour les -26ans.
 
Jusqu’au 2 juin 2014

 

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Fils posthume, caché et renié du Régent et de la Mère Angélique Arnauld, j’en ai hérité certains traits de caractère. Amateur d’art contemporain (c’est Antoine qui m’a dit de mettre ça), d’humour potache et de littérature latine. Je n’aime pas les gens qui commencent leurs phrases par « Vous n’êtes pas sans ignorer… »

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