Le Grand Palais présente depuis le 1er octobre une exposition consacrée à l’un des plus célèbres artistes japonais à travers le monde : Katsushika Hokusai. Retour sur les dessous d’une exposition unique qui mêle monumentalisme et intimité.

 

Un évènement unique : les défis d’une exposition Hokusai

 

Hokusai est considéré au Japon comme un artiste fondateur et ses œuvres ont le statut de trésor national. Pour cette raison, il est rare de pouvoir les admirer en dehors du territoire nippon. A ce titre, l’exposition du Grand Palais fait figure d’évènement unique et demeure sans commune mesure avec les précédentes expositions Hokusai organisées hors du Japon. En effet, seront présentées en tout plus de 500 œuvres du maître ce qui est tout simplement exceptionnel. Il s’agissait de présenter une rétrospective d’une très grande ampleur qui présenterait l’état des connaissances sur l’artiste.

Si le Grand Palais a pu se procurer autant d’œuvres, c’est notamment grâce à son commissaire, Seiji Nagata. Seiji Nagata est un expert et grand admirateur du travail d’Hokusai, auquel il a consacré sa vie. C’est également un collectionneur et le directeur du Katsushika Hokusai Museum of Art. Reconnu au Japon pour sa connaissance et son amour de l’artiste, il a pu faire venir des œuvres de collectionneurs japonais pourtant réticents.

En effet, l’un des défis de l’exposition a été de se faire prêter les œuvres et de se les faire prêter longtemps. Les habitudes de prêts ne sont en effet pas les mêmes partout et pour la plupart des prêteurs japonais, il était inconcevable de prêter les œuvres pour quatre mois (la durée de l’exposition). L’exposition est donc organisée en deux volets avec un système d’œuvres de substitution : les œuvres exposées au début seront pour beaucoup différentes de celles exposées à la fin ! Cela explique que l’exposition ferme ses portes du 21 au 30 novembre 2014 pour permettre ce mouvement de substitution. Certaines œuvres seront même échangées pendant chacun des volets, n’ayant pu être prêtées que quatre semaines !

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La scénographie : entre gigantisme et intimisme

 

L’exposition Hokusai est donc une exposition monumentale par son ampleur. A titre de comparaison, une exposition du Grand Palais ne concerne en général « que » 200 « numéros » (c’est-à-dire d’œuvres exposées), l’exposition Hokusai en compte plus de 540. Du fait du nombre d’œuvres concernées, du nombre d’œuvres présentes dans chaque volet, on peut parler ici d’une exposition monumentale. L’exposition est d’ailleurs très longue, très dense (j’y ai personnellement passé deux heures sans avoir regardé attentivement toutes les œuvres exposées).

Toutefois, ce monumentalisme de construction contraste avec la taille des œuvres et l’impression créée par la scénographie. En effet, et cela peut être une surprise pour qui n’a jamais vu une œuvre d’Hokusai, les œuvres présentées sont petites. A l’exception des kakemonos (qui sont de grands panneaux suspendus), les œuvres sont de format réduit. La fameuse vague (les Trente-six vues du mont Fuji : Sous la vague au large de Kanagawa), présente sur tous les visuels de l’exposition mesure 38 cm × 25,5 cm. Cette petitesse est l’un des véritables défis à relever sur le plan scénographique : il s’agit de mettre en valeur le grand nombre de petites œuvres et créer un rythme dans le parcours de l’exposition.

Contrairement à ce qui est proposé habituellement pour l’exposition d’œuvres d’Hokusai, les murs sont foncés et les œuvres sont exposées dans une sorte de niche. L’éclairage, pour des raisons pratiques de protection des œuvres, est très tamisé. Se crée ainsi une impression d’intimité. Faiblement éclairée, les œuvres doucement semblent sortir de l’obscurité. Cette atmosphère s’accorde avec la finesse des dessins, accroît leur côté précieux et fragile.

Le parcours du spectateur suit la ligne de vie d’Hokusai selon un schéma pensé par Seiji Nagata. Chaque salle correspond à l’une des périodes de sa vie, à l’exception d’une salle centrale, « Hokusai Manga » présentant les « mangas » d’Hokusai, c’est-à-dire les carnets de croquis qu’il publia tout au long de sa vie.

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Conclusion

 

L’exposition Hokusai est exceptionnelle en tant qu’elle présente une collection d’œuvres fabuleuse qui n’a jamais été réunie comme telle hors du Japon. De plus, elle a été conçue et surveillée par un véritable expert d’Hokusai. La scénographie est originale, tranche avec les habitudes et permet de créer une atmosphère intime qui s’accorde particulièrement avec la finesse du trait d’Hokusai.

Toutefois, il s’agit d’une exposition extrêmement longue et dense qu’il me semble difficile de faire en une seule fois. Il faut peut-être apprendre à papillonner entre les œuvres pour garder sa concentration intacte jusqu’aux dernières salles. Par ailleurs, la petitesse des œuvres font que la contemplation est rendue plus difficile dès qu’il y a foule (ce qui est hélas souvent le cas).

Pour moi, il s’agit d’une exposition à voir, notamment lorsque vous vous intéressez au Japon et aux arts asiatiques. L’exposition est belle, les œuvres fascinantes, riches et diverses. Toutefois, il ne faut pas avoir en tête de « tout voir » mais plutôt de s’imprégner de l’art d’Hokusai dans chacune des périodes de sa vie pour en voir, au fur et à mesure de l’exposition, l’évolution. Si vous le pouvez, éviter les périodes de haute fréquentation, cela rendra votre visite vraiment plus agréable.

 

Informations pratiques :

 

Grand Palais
3 Avenue du Général Eisenhower, 75008 Paris

Du 01 Octobre 2014 au 18 Janvier 2015
(Relâche du 21 au 30 novembre 2014)

Plein tarif : 13 € / Tarif réduit : 9 €

 

Passionnée par la littérature, la philosophie, l’histoire, l’animation japonaise et mille autres choses encore. Je cherche la poésie lovée au creux des choses. Car oui, « La poésie, c’est le plus joli surnom que l’on donne à la vie » (Prévert).

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