Du 13 avril au 29 août, la Cité de l’architecture et du patrimoine expose un sujet tout particulièrement d’actualité. Habiter le campement vous invite à un passionnant tour du monde de l’habitat précaire sous toutes ses manifestations.

Organisée autour d’une installation cinétique des plus unique, l’exposition se décline en six pôles, présentant chacun une catégorie spécifique d’habitants de camps, lesquels sont répartis autour d’un long couloir sonore et lumineux, la  « Tangente ».

Prendre la « Tangente », c’est expérimenter la condition du mouvement, se remettre en question à la lecture des citations et mots clés proposés à la réflexion du lecteur. On la traverse latéralement, on suit son cours longiligne, on s’y arrête, on y revient… la « Tangente » est l’épicentre sensoriel et physique de cette exposition, que l’on peut tout aussi bien traverser de manière linéaire, sans rien voir de l’exposition… comme l’on ne regarde même plus ceux qui campent au pied de notre porte.

Première catégorie présentée, le nomade est la figure par excellence de l’habitant du campement. Cette forme d’habitat mobile est un choix, fruit d’un long héritage pour les plus anciens et traditionnels des nomades (Mongols, Tsiganes, Touaregs…). D’autres formes de nomadisme, plus récentes, sont aussi liées à des conditions de travail spécifiques (forains, marins, woofers…).

Campeur éphémère, le voyageur s’inscrit quant à lui dans une pratique voulue et délibérément temporaire. Le loisir est le propre du voyageur, quels que soient l’objectif, la forme et la destination de son voyage (pèlerinage, festival, découverte du monde…) : il ne se déplace ni par contrainte de travail, ni de fuite ni d’exil. Il est par ailleurs intéressant de constater comme l’explosion du tourisme du siècle dernier a entraîné le développement de multiples formes d’hébergement, offrant une pluralité d’expériences pour tous les profils de voyageurs (tente yourte, igloo, cabane dans les arbres…).

Autre « campeur volontaire », le contestataire s’engage dans une démarche revendicatrice et politique. Le camp devient alors lui-même l’expression de sa manifestation, accusant un système, des injustices ou tout projet le révoltant. Zadistes (mot admis au Petit Larousse 2017, né du néologisme ZAD, pour Zone A Défendre), défenseurs de l’environnement, anticapitalistes… ils sont aujourd’hui de plus en plus nombreux à faire ce choix de précarité accusatrice.

Dernière catégorie de voyageur non contraint, le conquérant s’engage dans des campements à visée politique, militaire ou encore scientifique. Très évolués sur un plan technique pour des derniers, ils peuvent être à l’inverse très fragiles lorsqu’ils sont clandestins (dans le cas de forces rebelles par exemple).

Dans un extrême inverse, le campement est aussi la réalité quotidienne de l’infortuné, celui qui habite un « campement de fortune », temporaire et misérable. Trop pauvre pour avoir un logement fixe, il vit hors du système, va d’une bouche de métro à un banc public, trouve un bidonville, squatte des lieux délaissés parfois. L’infortuné est également le migrant sans papiers, qui en transit entre deux ou plusieurs territoires, cherche à se construire une nouvelle vie, évitant coûte que coûte les camps de rétention administrative (camps dont le citoyen n’a d’ailleurs pas connaissance officielle puisqu’ils ne figurent même pas sur une carte…) et l’expulsion, synonyme de retour dans le pays qu’il a fui au péril de sa vie.

Ultime victime d’une situation subie, l’exilé est celui qui a tout perdu et qui est hébergé en camp de réfugié : un habitat temporaire qui se pérennise et qui souvent, devient une ville à part entière, avec ses codes, ses contrôles sécuritaires et ses restrictions. Il a fui son pays, subi la guerre, ou est victime d’une catastrophe écologique, et une forme de vie doit reprendre son cours malgré tout.

« L’exilé est un réfugié citadin, réfugié citoyen, réfugié résistant, réfugié déplacé. »1

Fruit d’un long travail de recherche photographique, cette exposition extrêmement riche et dense demande de prendre son temps pour découvrir la pluralité des situations présentées et explorer chaque recoin de notre planète si inégalitaire. Précieux témoignage d’espaces et modes de vies éphémères, elle est l’occasion de se rappeler de la préciosité de nos vies, dont le toit est un refuge nous paraissant si élémentaire, et pourtant à la fois si fragile…

 

Informations pratiques :

Cité de l’architecture & du patrimoine
1 place du Trocadéro (Paris 16e)

Jusqu’au 29 août 2016
Tous les jours de 11h à 19h sauf le mardi. Nocturne le jeudi de 11h à 21h
Plein tarif : 9 € / Tarif réduit : 6€


(1) Source : Dossier de presse de l’exposition

Passionnée de culture : photographie, musique, cinéma, théâtre, voyage… j’aime découvrir et partager mes impressions par les mots et les photos. Depuis que Paris est devenue « ma » ville, pas une journée ne passe sans que je ne m’émerveille de sa beauté et de la multiplicité des possibles…

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