Ecouter le froissement des canopées interrompu par des cris stridents, plonger au fond des océans… Il n’est pas besoin de partir au bout du monde pour vivre ces expériences. Nous vous recommandons plutôt pour cela de venir écouter Le Grand Orchestre des Animaux à la Fondation Cartier.

Il y a des lieux qui semblent destinés à accueillir telle ou telle exposition : le bâtiment de Jean Nouvel ne saurait être un écrin plus propice à cette plongée lumineuse dans le monde animal. Entouré d’une flore rendue visible depuis l’intérieur par ses parois en verre, le centre d’art contemporain, qui s’est toujours caractérisé par sa souplesse scénographique, se transforme en laboratoire sensoriel. « Comme s’y on y était », on se retrouve au cœur de la forêt tropicale, en pleine savane, – ou bien parmi les prédateurs que sont les loups et les condors, grâce aux splendides images, hyperréalistes mais artificielles, de Hiroshi Sugimoto… 0u alors plongés dans  la vie énigmatique du plancton, observé par l’équipe du Tara’s Project qui sillonne les mers.

Le parcours se commence et se termine dans les gazouillis de nos amis les oiseaux. Le visiteur est conduit vers l’entrée de l’imposant bâtiment de verre par un mur de faïences représentant différents spécimens ornithologiques. Peints par une artiste brésilienne sur l’idée d’Adriana Varejã, attentive aux traditions populaires d’Amazonie, ils nous conduisent ensuite à l’intérieur de l’exposition, assurant une continuité bienvenue entre le monde extérieur et l’intérieur du bâtiment. La scénographie, que nous avons jugée particulièrement soignée, a été orchestrée par les architectes mexicains Mauricio Rocha et Gabriela Carrillo qui ont recréé un amphithéâtre en briques afin de recevoir le public de cet « orchestre » singulier . Le premier étage, baigné de lumière, accueille dans l’hémicycle qu’ils ont conçu une fresque commandée spécialement à l’artiste chinois Guo-Qiang, qui a déjà collaboré avec la Fondation Cartier. On peut également y admirer d’étonnantes peintures colorées d’artistes congolais ainsi que celles du béninois Cyprien Tokoudagba, imagier d’emblèmes vaudou revisités.

Christian Sardet et Les Macronautes, Méduse Oceania armata, 2012. © Christian Sardet et Les Macronautes / Chroniques du Plancton

La Fondation Cartier nous avait habitués à de grandes installations sonores et lumineuses, sur l’état du monde et de notre planète bleue avec EXIT, présente l’année dernière au Palais de Tokyo. Au sous-sol, changement d’ambiance : l’atmosphère rappelle les zones abyssales des océans. Deux salles de projection nous amènent à découvrir la complexité de l’écosystème planctonique d’une part et l’univers de différents biotopes naturels sauvegardés  d’autre part. Cette deuxième salle en particulier, consacrée au travail du field recordist Bernie Krause, a de quoi impressionner le visiteur. Ayant prospecté dans différents écosystèmes pendant plus de quarante ans, il a récolté des enregistrements étonnants. Compositeur de musique classique de formation, il s’essaiera à la musique expérimentale avant de se consacrer à ce travail titanesque. À l’origine de la « biophonie »,  il propose une approche inédite du monde animal, sensorielle et précise. Alors que l’extinction naturelle des espèces connues s’accélère de manière alarmante ces dernières décennies, ses archives sonores sont rares et précieuses. Mises en images par le collectif anglais UVA, elles sont retranscrites telles des partitions sonores, nous conduisant à une connaissance inédite du monde animal. Sur le même principe de paysages sonores, des vidéos scientifiques du monde planctonique sont mises en musique par Ryuichi Sakamoto. En ces temps menaçants pour notre Belle Bleue, cette immersion sonore et visuelle nous a semblé salutaire.

 

© Christian Sardet and The Macronauts / Plankton Chronicles Vue de l’exposition Le Grand Orchestre des Animaux. © Luc Boegly

L’expérience  se prolonge sur le site dédié, permettant d’écouter ou de réécouter tous les enregistrements des différents biotopes ou biomes. Effectués par Bernie Krause, ils bénéficient de la présentation vocale de la chanteuse française Camille. Ouvrez vos oreilles et plongez dans ces véritables archives de notre planète ! Elles sont d’autant plus précieuses que la moitié des écosystèmes d’où elles proviennent sont déjà détruits ou en cours de destruction.

Et nous avons découvert à la suite de l’exposition une des réalisations musicales de Krause des années 70, au moment de son activité au sein du duo Beaver & Krause. L’album In A Wild Sanctuary s’avère être un bijou méditatif et sensible.

 

Informations pratiques

Fondation Cartier
261 Boulevard Raspail (Paris 14è)
Tarifs : 10,50/7 euros (tarif réduit)
Conditions de visite et de réduction sur le site de la fondation

Le Grand Orchestre des Animaux
Du 2 juillet 2016 au 8 janvier 2017
Du mardi au samedi de 11h à 20h ; nocturne le mardi jusqu’à 22h.

Etudiante en histoire de l’art, je cultive Paris depuis que je l’habite, de façon permanente, depuis deux ans déjà. Je vous parlerai de ce que j’y vois, de ma sympathie pour les choses plus ou moins « culturellement identifiables ». Je passe plusieurs fois dans la semaine vérifier si Hippomène poursuit toujours Atalante, que jamais il ne rattrapera, tout figé dans le marbre qu’il est, cour Marly, au Louvre. Vous pouvez donc souvent me trouver dans les musées, en compagnie du SMV, nom de code du groupe « Un Soir, un Musée, un Verre », à Orsay, dans les galeries d’art, à la Fondation Cartier… Ou tout à fait ailleurs. Car « la vraie vie …»

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