L’histoire de l’art… voilà une discipline qui peut paraître tout à la fois attrayante, fantasmatique, aussi bien qu’austère. Tous les ans, et de moins en moins timidement, elle se fait connaître par le Festival de l’histoire de l’art. En tout cas, ses organisateurs apaiseront immédiatement vos craintes : « festival » ne veut pas dire colloque ou journée d’étude !

Depuis cinq ans déjà, cet événement tente de relever le défi du mélange des publics, avec un succès grandissant. De 11 000 visiteurs à sa première édition, il en a attiré jusqu’à 33 000 en 2014. Programmé chaque dernier week-end de mai, il clôture l’année scolaire en beauté. Né des efforts conjugués de l’INHA (l’Institut national d’histoire de l’art) pour l’aspect scientifique, et du château de Fontainebleau qui en assure la logistique, il permet de faire connaître les questionnements et réflexions en cours des historiens d’art.

Toujours axé autour d’une thématique et d’un pays invité, -la « matière de l’oeuvre » et les Pays-Bas cette année- , il se veut à la fois le reflet et le creuset d’une discipline aux frontières… aux frontières de l’histoire, aux frontières de l’université et de la vie publique, aux frontières de l’esthétique et du politique, aux frontières des arts vivants pour se faire connaître et pour se réinventer… Seulement en France, il semble que tous les risques, notamment celui d’une réelle recherche d’inédit, ne soient pas pris.

Quoiqu’il en soit et malgré le paradoxe de sa teneur, le festival tient à réussir l’exercice de funambule d’une rigueur scientifique exemplaire et d’une inclusion des publics les plus éloignés de la discipline et de sa pratique universitaire. Proposant tables rondes autour des thématiques les plus diverses, ateliers pour les plus petits et un Salon du livre et de la revue d’art, il se donne les moyens de relever ce défi. Néanmoins, s’il s’agit effectivement d’une manifestation foisonnante et destinée au plus grand public, elle n’en est pas moins attendue surtout pas les historiens de l’art les plus avancés de l’Hexagone et de l’Europe qui en font leur territoire privilégié. De sucroît, sa situation éloignée de Paris et des banlieues moins bien dotées de la petite couronne a de quoi, -soyons francs-, décourager. Le programme très riche mais peu lisible pour les non-initiés peut également vous perdre. Il est vrai qu’il permet aux professeurs, doctorants, élèves des premier et deuxième cycles universitaires de réfléchir ensemble à des pratiques neuves, par exemple en pensant à introduire une réflexion sur la médiation envers les non-valides, ou à voir comment donner le goût aux enfants de venir découvrir les oeuvres d’art. Au demeurant, cette volonté d’ouverture au plus grand nombre, malgré la richesse des propositions, ne semble par ailleurs pas complètement être mise en oeuvre dans la programmation.

Car la question reste la suivante : de quelle culture parlons-nous ? De quelle culture parlent-ils ? Tant que l’histoire de l’art n’osera battre la campagne, elle restera gardienne des chemins balisés où n’iront que certains. La question des vivants doit nous préoccuper, au-delà de la mémoire. L’histoire de l’art, c’est l’histoire de la création des hommes et femmes qui nous on précédés. Nous ne devons pas seulement leur rendre hommage mais voir comment ils nous parlent dans nos vies actuelles, et si la beauté n’a plus cours vous diront d’aucuns, ne perdons pas de vue que le goût est affaire d’éducation.

Il reste, sur tout cela, à souhaiter que cette année sera malgré tout l’occasion de belles rencontres et d’éveils à des sensibilités diverses mais aussi partagées, qui amèneront de jeunes pousses à aimer les oeuvres d’art, et pas seulement les habitués à pontifier autour de leurs sujets de prédilection. La culture, c’est comme la confiture… Et ça peut être très bon, alors ne vous en privez pas ! Le chemin jusqu’à Fontainebleau vaudra le détour, pour peu que vous trouviez un sujet qui saura vous séduire parmi les activités éclectiques programmées. N’oublions pas non plus que le musée-château, ouvert gratuitement pour l’occasion, reste un écrin merveilleux à découvrir en soi, ne serait-ce que parce que cette année, après la restauration l’an passé du théâtre Napoléon III, le boudoir Turc réouvre ses portes…

 

Informations pratiques :

 

Château de Fontainebleau
Du 29 au 31 mai 2015
http://festivaldelhistoiredelart.com/

 

Illustration : © Didier Plowy ‐ Ministère de la Culture et de la Communication

 

Comments to: Fontainebleau, un festival et un château pour célébrer l’histoire de l’art

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