C’était bien avant que Marseille ne soit Capitale Européenne de la Culture. Avant même qu’IAM ne fasse « danser le mia » à des générations de minots[1]. En 1992, un groupe de collègues marseillais a commencé à être escagassé[2] des programmations culturelles élitistes. Ils ont voulu faire de la musique un pont entre les cultures de Méditerranée et d’ailleurs. Ils ont imaginé un festival où les artistes chanteraient pour toutes les religions, où ceux des quartiers sud partageraient un pastaga[3] avec ceux des quartiers nord[4], et où les femmes seraient libres d’être désirables sans risquer d’être assimilées aux praticiennes de la rue Curiol[5]. Ce festival fête cette année sa 23e édition et porte le nom coloré de Fiesta des Suds.

En 23 ans, la Fiesta en a vu défiler un moulon[6] : Patti Smith, Paco de Lucia, les Rita Mitsouko, Wayne Shorter, Gotan Project, Asian Dub Foundation, Beat Assaillant, Ibrahim Maalouf, Goran Bregovic, Wax Tailor, Cesaria Evora, Estrella Morente, Yuri Buenaventura, Ska-P… pour ne citer que les plus célèbres. Un joyeux boucan[7] qui dure jusqu’au bout de la nuit, puisque comme le précise le slogan, c’est « défense de dormir ». Pour accueillir tout ce beau au monde, la Fiesta est allée se tanquer[8] aux Docks des Suds, un ancien entrepôt à épices transformé en lieu culturel associatif. Comme c’est un peu à dache[9], les transports (habituellement connus pour être de sacrées feignasses[10]) circulent exceptionnellement toute la nuit.

Ce serait un peu totti[11] de vous présenter la programmation de cette année. Les uns sont si connus qu’il n’y a rien à écrire sur leur performance qui ne l’ait déjà été, les autres ne parleront à dégun[12]. Je vous propose plutôt un tour d’horizon des principaux groupes marseillais accueillis par la Fiesta ; de quoi ne pas perdre la figure[13] si jamais il vous venait l’envie de tchatcher[14] de musique autour d’un jaunet[15] avec un fils de la cité phocéenne.

 

IAM

 

On ne vous les présente plus. Akhenaton, avec Zinedine Zidane, est la preuve vivante que même si « on n’est pas nés sous la même étoile », on peut faire rêver les minots de la Cayolle[16] avec un modèle de réussite par le travail et la tolérance. Qu’on aime ou pas le rap, l’intelligence et la poésie des textes d’IAM justifient largement vingt années de succès ininterrompu.


 

Chinese Man

 

Ces quatre DJs ont des influences aussi variées que Nancy Sinatra, Jim Morrison, Paolo Conte, Kip Hanrahan et le Pudding à l’Arsenic – qui apparaissent sous leurs platines aux côtés d’autres sample franchement oubliés jusqu’ici. Ensuite, comme on dit, « l’infra de mon caisson te décolle la plèvre ». Loin d’être des pébrons[17],  le collectif a créé son propre label, Chinese Man Records, qui porte notamment Deluxe, un autre groupe local né à Aix-en-Provence[18].


 

Massilia Sound System

 

On entre véritablement dans le vif du sujet puisque contrairement aux artistes précédents, je ne suis pas certaine que la réputation de MSS ait atteint le nord de la France (j’entends tout ce qui se situe au dessus d’Avignon). Ce groupe de ragga engagé chante la moitié de ses textes en occitan et rend hommage à une ville métissée depuis l’antiquité. Si les papets[19] fêtent leurs 30 ans de carrière, ils restent une référence chez les minots et les supporters de l’OM.


 

Oai Star

 

La promesse de mettre le oai[20] (à Marseille, on dit le « Waï ») est tenue, au moins en concert, puisqu’à la belle époque ils distribuaient le pastaga aux aficionados. Ce groupe de rock marseillais monté par deux membres de Massilia Sound System ressemble surtout à une blague entre collègues, une private joke comprise « de Bonneveine jusqu’aux Aygalades »


 

Raspigaous

 

Peuchère[21], avec un nom pareil, difficile de renier ses origines (raspigaou signifie tête de blé). Ce groupe de reggae formé dans le Panier[22] n’a sans doute jamais vendu ses albums autrement que par le bouche-à-oreille. Son existence témoigne de la réelle mixité de Marseille où rastas et cacous[23] cohabitent sans encombre.


 

La liste ne prétend pas être exhaustive et je m’excuse par avance auprès des oubliés. Pour en savoir davantage sur la programmation de la Fiesta des Suds : http://www.dock-des-suds.org/fiesta2014/

 

[1] Enfants
[2] Fatigué
[3] Pastis
[4] Respectivement les quartiers les plus aisés (au sud) et les plus défavorisés (au nord) de Marseille
[5] Rue où exercent traditionnellement les prostituées marseillaises depuis au moins deux générations
[6] Un grand nombre
[7] Bazar
[8] S’installer
[9] Loin
[10] Fénéants
[11] Bête
[12] Personne ne les connaitra
[13] Avoir honte
[14] Parler
[15] Pastis
[16] Cité de Marseille dont la mauvaise réputation est légendaire
[17] Idiots
[18] NDLR : Aix-en-Provence est à Marseille ce que le Marais est au 20e arrondissement de Paris
[19] Papys
[20] Semer la panique
[21] NDLR : avouez, vous m’en auriez voulu de ne pas le caser…
[22] Quartier populaire du vieux Marseille
[23] Masculin de la Cagole, jeune homme un peu vulgaire et très sûr de lui

 

Passionnée par l'histoire de l'art et l'économie de la culture, en résulte un faible pour les artistes maudits et les artistes rentables. J'aime les musées comme autant de résidences secondaires dont je me propose de vous faire découvrir ici quelques pièces. Pour le reste, je moissonne le champ des possibles.

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