6.Paula Modersohn-Becker (1876-1907)
Paula Modersohn-Becker, Autoportrait sur fond vert avec des iris bleus, vers 1905, détrempe sur toile, 40,7 x 34,5 cm, Kunsthalle Bremen-Der Kunstverein in Bremen, Brême.

 

« Elle aimait le riz au lait, la compote de pommes, marcher dans la lande, Gauguin, Cézanne, les bains de mer, être nue au soleil, lire plutôt que gagner sa vie, et Paris. »

 

Ainsi se présente Paula Modersohn-Becker sous la plume de Marie Darrieussecq. Et déjà, on a envie de la connaître. Ça tombe bien, l’occasion nous en est donnée en ce moment-même par le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris.

Pour celle qui aimait tant Paris et y a trouvé sa voie, ce n’est que justice bien tardive qu’une exposition lui soit enfin consacrée en 2016 ! C’est cependant chose faite, grâce à cette exposition exceptionnelle : en effet « Paula Modersohn-Becker, l’intensité d’un regard » constitue la première exposition exclusivement consacrée à cette artiste en France, et qui plus est, sous la forme d’une grande rétrospective.  Le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris opte depuis un certain temps, et avec bonheur, pour le format de l’exposition monographique. Après les expositions dédiées à Carol Rama, – grande artiste ainsi redécouverte –, à l’excentrique et surprenant Henri Darger, et au célèbre Andy Warhol, le MAM a fait le choix de présenter cette artiste allemande méconnue en France. L’exposition est axée autour des trois séjours parisiens de Paula Modersohn-Becker, moments-clés de sa vie artistique, et dont le premier date de 1900. Cette approche chronologique permet au public parisien d’appréhender avec aisance la prolifique carrière de l’artiste, écourtée cependant par un accouchement difficile en 1907 qui lui vaudra une disparition prématurée.

10.Paula Modersohn-Becker (1876-1907)
Paula Modersohn-Becker, Autoportrait au sixième anniversaire de mariage 25 mai 1906, détrempe sur carton, 101,8 x 70,2 cm, Museen Böttcherstrasse, Paula Modersohn-Becker Museum, Brême.

De la découverte du quartier Montparnasse bohème et plein de vie, avec les ateliers de l’académie Colarossi et de la Grande Chaumière aux étonnants portraits réalisés dans les hospices parisiens en passant par la période des maternités et des premiers autoportraits, Paula Modersohn-Becker s’affiche comme une artiste de la modernité.

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Paula Modersohn-Becker, Jeune fille nue assise, avec des vases de fleurs, 1906-1907, détrempe sur toile, 89 x 109 cm, Von der Heydt-Museum, Wuppertal.

Mariée à Otto Modersohn, peintre lui aussi, et attachée à la colonie des artistes avant-gardistes de Worpswede (au nord de l’Allemagne) dans laquelle évolue le couple, la jeune et fougueuse Paula ressent un besoin d’indépendance qui lui est vital. Paris coincide alors avec l’espace de liberté qu’elle porte en elle. C’est la ville où elle peut avoir un petit atelier bien à elle, – nous ne saurions oublier l’importance pour les femmes d’avoir un espace « à soi » pour créer, comme le souligne l’écrivaine anglaise Virginia Woolf dans son ouvrage de 1929. La capitale parisienne lui permet aussi de se confronter aux toiles de Gauguin, Cézanne ou Picasso, artistes qui vont avoir une grande influence sur son travail. Enfin, elle se sent portée par un élan qui lui correspond.

Paula Modersohn-Becker, Nature morte au bocal de poissons rouges, 1906, détrempe sur carton, 50,5 x 74 cm Von der Heydt-Museum, Wuppertal.

Paris, creuset des modernités artistiques lui permet donc de puiser dans des sources d’inspiration très fortes. Partant, elle se forge un style singulier, où la ligne, puissante, ne cédera jamais le pas à l’amour de la couleur. Paris est aussi la ville des amitiés artistiques ; en effet, c’est la sculptrice Clara Westhoff, alors élève de Rodin, qu’elle rejoint. En sa compagnie et avec son soutien déjà, elle a exposé ses toiles pour la première fois à la Kunsthalle de Brême en 1899, aux côtés également de Marie Bock. Ces artistes novatrices y ont essuyé de vives critiques. Cependant, elles ne désarment pas et s’encouragent.

À l’Académie privée de Colarossi, les autres élèves la raillent aussi : la jeune Paula détonne. Néanmoins, ainsi que le constate sa soeur, venue lui rendre visite, son ardeur au travail n’en est pas entamée. Bien au contraire, elle persévère et s’affirme par une peinture particulièrement expressive et sensible. L’artiste marginale par son style ouvre en réalité la voie à l’expressionnisme allemand, n’écoutant que son instinct et son talent. On retiendra de cette exposition les portraits d’enfants, émouvants ; les couleurs, le rose, le jaune orangé tout autant que les carnets de dessin témoignant d’une attention aux maîtres anciens ; les portraits photographiques de l’artiste, ainsi que les lettres et journaux intimes documentant une vie joyeusement tournée vers la création artistique.

Le commissariat de l’exposition bénéficie, cela est délicatement mentionné à la fin du parcours, du « conseil » de l’écrivaine Marie Darrieussecq. Nous ne pouvons que nous réjouir de l’approche sensible et littéraire ici retenue : cela apporte un vrai regard, plein d’empathie sur la vie et l’œuvre de la peintre allemande. Marie Darrieussecq a de même collaboré au catalogue issu de cette exposition qui est tout simplement magnifique et superbement documenté. L’écrivaine française a mis à profit cette plongée dans l’oeuvre de la peintre allemande pour publier en parallèle une biographie courte et plaisante : Être ici est une splendeur, Vie de Paula M. Becker aux éditions P.O.L . que nous recommandons également. « La vie avant tout ! », semble nous rappeler une personnalité aussi lumineuse que celle de Paula Modersohn-Becker, qui a réussi à sublimer son amour de la vie par son art.


 

Informations pratiques :

Musée d’Art moderne de la Ville de Paris
11 Avenue du Président Wilson (Paris 16e)

Du 8 avril au 21 août 2016

Du mardi au dimanche, de 10h à 18h
Nocturne le jeudi jusqu’à 22h

Tarif plein : 10 €/ Tarif réduit : 7 €
Gratuité : – 18 ans

Etudiante en histoire de l’art, je cultive Paris depuis que je l’habite, de façon permanente, depuis deux ans déjà. Je vous parlerai de ce que j’y vois, de ma sympathie pour les choses plus ou moins « culturellement identifiables ». Je passe plusieurs fois dans la semaine vérifier si Hippomène poursuit toujours Atalante, que jamais il ne rattrapera, tout figé dans le marbre qu’il est, cour Marly, au Louvre. Vous pouvez donc souvent me trouver dans les musées, en compagnie du SMV, nom de code du groupe « Un Soir, un Musée, un Verre », à Orsay, dans les galeries d’art, à la Fondation Cartier… Ou tout à fait ailleurs. Car « la vraie vie …»

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