L’exposition Black Indians de la Nouvelle-Orléans vient d’ouvrir ses portes au musée du quai Branly-Jacques Chirac. Peu connue en France, la coutume africaine-américaine du carnaval de Mardi Gras à la Nouvelle-Orléans est un passionnant mélange de traditions, croyances et communautés. Une festivité riche en syncrétisme qui est l’occasion de remonter le fleuve de l’histoire des Africains-Américains sur le continent outre-atlantique, et commémorer leur vécu, entre violence et résilience. À découvrir jusqu’au 15 janvier 2023.

Le carnaval  

Le carnaval de Mardi Gras est une tradition identitaire métisse flamboyante née de la résistance aux interdits ségrégationnistes. C’est une coutume hautement spirituelle et intimement liée au passé. Les dévotions se font aux ancêtres, le vécu et les étapes de la vie des communautés sont célébrés et représentés, comme en commémoration de l’histoire. 

Exposition Black Indians au musée du Quai Branly
Entrée de l’exposition – Costume de Big Chief Darryl Montana, 2014

Il naît aux alentours du XIXe siècle, dans un contexte politique très clivé puisque la ville de la Nouvelle-Orléans était extrêmement ségréguée. Alors que la communauté blanche célèbre la fête chrétienne, les habitants de couleur de la ville créent en réponse leur propre carnaval, provocateur, libérateur et politique. Le défilé rassemble aujourd’hui entre 400 et 500 personnes réparties dans environ 30 à 40 groupes qui défilent des aurores jusqu’à minuit. Chaque groupe correspond à une appartenance et une revendication identitaire, et ses différents membres ont des fonctions très précises.

Qui sont les Black Indians

Les Black Indians sont un des groupes organisés du carnaval de la Nouvelle-Orléans dont les costumes sont inspirés des tenues cérémonielles amérindiennes. D’autres groupes coexistent au sein de ces « tribes » comme les « Second Line », les « Baby Dolls » ou encore les « Skull and Bone Gangs ».

Une coutume liée à l’histoire  

Impossible d’appréhender cette tradition sans connaître le passé des Etats-Unis et des populations africaines-américaines sur le continent. L’exposition remonte le cours de l’histoire depuis l’arrivée des premiers colons dans la baie du Mississippi, jusqu’aux événements les plus récents comme le mouvement Black Lives Matter

Avant d’être colonisés par les Européens, les peuples amérindiens du Mississippi vivaient dans des villes et centres culturels sédentaires de la vallée. Les premiers colons arrivent aux débuts du 17e siècle et sont espagnols. Ensuite, ce sont les français qui envahissent les lieux, et fondent La Nouvelle-Orléans en 1718. L’exposition raconte entre autres l’expédition de Hernando de Soto, qui changera à jamais le paysage des sociétés amérindiennes sur le continent. En effet, lors de cette conquête échouée, le colon perdra des centaines de chevaux sur le territoire. Récupérés par les habitants, ils marqueront à jamais l’image populaire des Amérindiens. 

Théodore Gudin, Expédition de La Salle à la Louisiane, 1684
Marie Antoinette en robe de mousseline
Elisabeth Louise Vigée Le Brun, Portrait de Marie-Antoinette en robe de mousseline

Fashion victim avant l’heure

Les colonies françaises présentes en Louisiane et à Saint-Domingue sont productrices de coton. Dans un célèbre portrait, Le Brun peint Marie-Antoinette vêtue d’une simple robe de mousseline. Jugée trop suggestive, la robe fait scandale et le tableau sera retiré au bout de quelques jours. Mais c’est déjà trop tard ! La mode du coton est lancée, et bientôt, toutes les femmes de la Cour porteront des habits de mousseline. 

Esclavagisme et ségrégation : naissance d’une résilience

Au 18e siècle, c’est la mise en place des sociétés esclavagistes et de la Traite Négrière. La compagnie d’Occident de Nantes aura le monopole du commerce d’esclaves pendant près de 30 ans. Des navires partant des côtes de l’Afrique traversent l’Atlantique et ramènent des milliers d’africains d’origines diverses sur le continent. 

Vue de l'exposition Black Indians au musée du Quai Branly
Vue de l’exposition

Une fois sur place, forcés de pratiquer la religion catholique, ces populations se réunissent sur une esplanade aux portes de la ville, le dimanche, pour la pratique du culte. Cette place sera renommée la « place Congo » et sera le point de départ de mélanges et échanges culturels, et d’une certaine légende. Là, les différentes communautés oppressées, autochtones comme africaines, se rencontrent et commencent à développer des stratégies de résilience. C’est ainsi que démarre une solidarité et une alliance spirituelle dans la construction d’une culture de résilience entre ces deux communautés. 

Après l’assassinat d’Abraham Lincoln, le sud devient ségrégationniste. Les communautés noires subiront des humiliations d’une extrême violence, avec l’application des lois Jim Crow et les persécutions du Ku Klux Klan.    

L’Ouragan Katrina 

L’Ouragan Katrina de 2005 marquera fortement, une fois de plus, l’histoire des communautés afro-descendantes de la Nouvelle-Orléans. Cet événement tragique constitue un tournant majeur pour la ville, inscrivant un nouveau traumatisme dans son histoire. Cependant, fort d’une résilience impressionnante, les communautés relancent la tradition du carnaval dès l’année suivante, démontrant ainsi la force de leur patrimoine culturel. La chaîne américaine HBO en fera même une série, ce qui confèrera une certaine notoriété à la fête. 

Art, spectacle et spiritualité  

Plus qu’une simple festivité, le carnaval des Africains-Américains de la Nouvelle-Orléans est outil de fédération puissant, source de fierté et d’identité collective. En s’appropriant la rue et l’espace public, les communautés affirment leur présence et leur appartenance à la ville.

Chaque chef de groupe crée et fabrique son propre vêtement, en concertation avec le reste de sa communauté. Chaque costume ne peut être porté qu’une seule fois. Les costumes sont fabriqués à la main et avec grande minutie. Lors des marches, deux chefs s’affrontent lors de danses ou simulations de combats, et à la fin, l’un d’entre eux reconnaît la supériorité de la beauté de l’autre, et s’incline.

Brillantes de mille feux, les tenues mélangent des décorations, des scènes figuratives brodées ou peintes, et des symboles d’appartenance à diverses communautés : plumes, masques d’Afrique de l’Ouest, scènes bibliques… D’inspiration amérindienne, ils étaient à l’origine faits de plumes d’oiseaux, d’écailles de poissons, de matériaux organiques. Aujourd’hui, les tissus synthétiques ont remplacé les peaux, et les costumes sont ornés de cauris, de sequins et de tissus et plumes multicolores. Aussi, les costumes doivent être aussi beaux devant que derrière. Ils sont pensés pour en mettre plein la vue. Les dos regorgent également de détails et de scènes. 

Les scènes représentent souvent des moments de l’histoire des peuples de couleur, des scènes de persécution ou à l’inverse de bravoure. Elles sont des témoignages de l’histoire et de la mémoire commune. 

Les Baby dolls 

Elles sont le seul groupe féminin des marches communautaires du Mardi Gras. Pendant longtemps, les femmes et notamment les femmes noires, ont été exclues des processions, car il n’était pas bien vu dans la société qu’elles exposent leur identité propre. Elles ont depuis pris leur revanche, en prenant le contre-pied de ces interdictions en s’emparant des codes provocateurs des baby dolls, qui étaient des sex symbols à l’époque. On remarquera dans l’exposition la superbe tenue en crochet inspirée de Joséphine Baker ! 

Les Black Indians, par la force de leur résilience, ont su installer dans le paysage américain avec le carnaval, ce morceau de culture identitaire qui est le leur. 


Autour de l’exposition

Une riche programmation culturelle accompagne l’exposition : concerts, colloque, animations musicales, cycle de cinéma, visites guidées…


Informations pratiques

Adresse :
Musée du quai Branly – Jacques Chirac
37 quai Branly
75007 Paris

Horaires :
Jusqu’au 15 janvier 2023
Tous les jours sauf le lundi, de 10h30 à 19hNocturne le jeudi jusqu’à 22h

Site internet :
www.quaibranly.fr

Tarifs :
Tarif plein : 12 €
Tarif réduit : 9 €
Gratuit pour les moins de 26 ans


Article réalisé en collaboration avec le musée du Quai Branly – Jacques Chirac

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