Cent ans. Oui, déjà ! Marguerite Duras – M.D. pour les intimes – aurait eu cent ans cette année. A cette occasion, la BPI du Centre Pompidou consacre une exposition à celle qui « faisait la littérature » (1). Malheureusement, malgré de beaux documents, l’exposition reste superficielle.

 

 

Le parti pris de l’exposition est pourtant intéressant, il cherche montrer à la fois le dedans et le dehors de l’oeuvre durassienne, d’un côté son rapport à l’écriture, de l’autre sa vie publique. Pour souligner ces deux facettes, la scénographie prend la forme d’un cube : A l’intérieur la vie d’écrivain, à l’extérieur la personnalité publique.

En pénétrant dans l’inside, la première impression est bonne. On y découvre des documents passionnants : des pages raturées, corrigées, annotées qui montrent le rapport si complexe de Duras avec l’écriture, son perfectionnisme, la recherche du mot parfait dont Yann Andréa parlait si bien dans Cet amour-là :

 

Elle ne sait pas qui écrit. Jusqu’au dernier jour, elle dit ça : je ne sais pas qui écrit, je ne sais pas ce que c’est écrire. Et cependant elle écrit, elle fait ça chaque jour de sa vie, même quand elle n’écrit pas elle écrit. Elle voit quelque chose. C’est irrésistible. Elle sait que ce n’est pas la peine, que jamais écrire ne tiendra lieu d’absolu, que jamais Dieu ne sera atteint et cependant il faut le faire, tenter cette humilité de tous les jours, écrire, essayer d’atteindre le mot. Dicter des mots. Et après on voit. Après, quand la page est écrite, elle relit la page et elle dit : ça me bouleverse d’écrire des choses pareilles.

 

Un pan de mur est recouvert de l’impressionnant tapuscrit de India Song – qui a inspiré le titre de l’exposition. Au fond de la salle sont projetés des extraits de films, construits en six séquences, qui montrent l’aspect protéiforme de l’écriture durassienne, s’exprimant bien sûr dans les textes mais également dans le théâtre et les films.

 

Avant les livres il n’y a rien mais avant les films il y a le livre.

 

Passée cette première impression on se plonge plus attentivement dans l’exposition et c’est là que le désenchantement commence. Les cartels sont pauvres, on reste sur notre faim. La partie dédie à l’Outside est la plus décevante : des passages très marquants dans la vie de Duras (je pense notamment à son rôle pendant la guerre ou à la déportation de son mari, Robert Antelme – cf. l’Espèce Humaine) ne sont que survolés. Bien sûr, on ne pouvait pas s’attendre à découvrir dans une si petite exposition une biographie détaillée de Duras mais quand même la page Wikipédia nous en apprend tout autant, voire plus, c’est qu’il y a un malaise…
Duras Song ne nous permet pas de voir la personnalité si particulière de Duras : séductrice, orgueilleuse, presque folle aussi – notamment dans les dernières années… On découvre l’écrivain et le personnage publique mais sa personnalité si imparfaite, qui la rend plus humaine et donc intéressante, n’est que survolée et c’est un gros manque.

Une exposition à aller voir pour les manuscrits qui y sont exposés et à compléter par la lecture d’une biographie – je recommande vivement celle signée par Laure Adler.

 

(1) Marguerite Duras, C’est tout, Editions P.O.L

 

Informations pratiques :

 

Centre Pompidou – Bibliothèque Publique d’Information
Rue Beaubourg (Paris, 4e)

Entrée libre pendant les horaires d’ouverture de la Bibliothèque
Lundi, mercredi, jeudi et vendredi : 12h – 22h
Samedi, dimanche et jours fériés : 11h – 22h
Fermeture le mardi

Site de l’exposition

 

Comments to: Duras Song : exposition décevante à la BPI du Centre Pompidou

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Abonnez-vous à la newsletter

Abonnez-vous à la Newsletter

Chaque mois, recevez le meilleur de Culturez-vous dans votre boite mail !

Merci ! Consultez votre boite mail pour valider votre inscription.

X