La Design Week se termine, et voici pour nous l’occasion de revenir sur une semaine riche en découvertes. Cela n’est plus à prouver mais les objets conçus avec art transforment notre regard. Lorsqu’ils nous attendent hors des sentiers battus et non plus sur les cimaises des musées, ils nous surprennent avec bonheur, – qu’ils soient visibles dans les galeries, dans les palaces ou dans des lieux plus inattendus encore.

 

Le Royal Monceau

 

Commençons par le plus impressionnant. Le Royal Monceau, résidence de passage des plus fortunés – nous ne le soupçonnions pas pour un palace de grand luxe –, est un lieu d’art à part entière. Entièrement conçu par le designer français Philippe Starck, véritable bijou d’architecture d’intérieur, le prestigieux hôtel émerveille en lui-même, à chaque instant. Il abrite des œuvres d’art dans la moindre de ses pièces, pensées avec goût. Qu’il s’agisse d’un plafond, de murs en matières improbables (coquillages, miroirs sérigraphiés…) ou d’une installation pérenne d’un land artiste russe, le lieu force ainsi l’admiration. Plus encore lorsque l’on sait que le Royal Monceau se veut l’écrin privilégié de réalisations d’artistes contemporains. En effet, chaque mois, dans le hall principal, – le « Lobby » – est présentée une nouvelle installation ou exposition. Partenaire des grands événements comme Paris Photo, Foire internationale de photographie d’art ; la Fiac, Foire internationale d’art contemporain ; et, en l’occurrence la Paris Design Week, le lieu reste fidèle à la politique de mécénat voulue et pensée par Starck depuis sa réouverture en 2010. Dans le cadre de la Design Week, la scénographe et designer Soline d’Aboville présentait par exemple une installation poétique de deux-cent-cinquante fleurs en fibre de verre. Délicates et pensées en harmonie avec les conceptions de l’ « artiste-floraliste » dédiée au palace, elles avaient pour but d’évoquer Paris, selon un agencement de plans de la ville imprimés et détournés. Ajoutons à ces quelques lignes sur le lieu d’exception qu’il possède une galerie indépendante ouverte au public de passage, mais ouverte également au public parisien. À la Galerie Art District du 41, avenue Hoche sont présentées régulièrement des œuvres particulièrement en vue, grâce à un travail de sélection mené de concert avec les grandes galeries parisiennes. La galerie Nathalie Obadia prête ainsi des œuvres d’Enoc Perez en ce moment-même.


 

Galerie Collection

 

Dans le quartier non moins chic du Marais loge une galerie qui y a son importance : la galerie Collection (située 4, rue de Thorigny), dédiée depuis toujours à la création d’objets du design français. Elle nous a conquis par sa sélection, sans compter l’accueil chaleureux que nous y avons reçu. Présentée jusqu’au 17 octobre, son exposition + si affinités est à voir sans tarder. Initiée à la faveur de la Design Week, cette présentation renouvelle notre regard sur le design. Ici, rien à voir avec les meubles en bois ultra-fonctionnels et les luminaires parfois trop sophistiqués présentés au off (now ! le Off) de la Cité de la Mode et du Design. Des œuvres à la fois minimales et recherchées se côtoient savamment mais sans prétention. Les créations de vases muraux d’Anouchka Potdevin étonnent et charment tandis que les maisons miniatures de Sandrine Brioude amènent à repenser notre rapport à l’espace, aux notions duales intérieur/extérieur. Certains de ces objets, comme les vases évoqués plus haut, accrochés au mur, permettent d’en faire une utilisation ludique. D’autres œuvres, épousant les principes de l’art conceptuel ne nous amènent pas à autre chose qu’à réfléchir sur le principe créateur. Il en va ainsi de l’installation Résonance 4 – Se défaire de Daniela Schlagenhauf. De l’informe, du fil emmêlé, bobine pleine de trivialité, métaphore concrète du trait esquissé par l’artiste-peintre, surgit la forme aboutie. Un mystère nous est donné à voir, par la magie de la métaphore concrétisée en objet évolutif, présenté à différents stades de sa définition. De ce même processus de concrétisation naissent des créations telles que les objets non-utilitaires de Jeanne Bonnefoy-Mercuriali. Au premier abord pris pour des vases, ses Jeux d’anses poétisent l’espace. Se limitant à cette non-fonction, ils rendent par un jeu de miroirs déformants une valeur intrinsèque aux objets du quotidien, pensés uniquement comme vases, serre-livres, bols ou récipients de tous ordres… Tout ici est donc poétique, à différents degrés, selon des subtilités formelles qui attirent l’œil. Nous en avons une parfaite illustration avec une dernière variation, à la fois métaphorique et utilitaire particulièrement réussie. Mise en œuvre par l’artiste Florent le Men, elle se joue des frontières spatio-temporelles. Orient et Occident se jouent l’un de l’autre dans sa Proposition pour une cérémonie du thé : des bols à thé réellement destinés à la boisson se mêlent à des personnages en céramique miniaturisés, évoluant comme les personnages d’un tableau. A la fois paysage évocateur et service traditionnel, mêlant l’image en 3-dimensions à l’objet saisi dans sa fonction, cette œuvre met en abîme une tradition séculaire japonaise, élevée depuis des siècles au rang d’art.


 

Jardin des plantes

 

Pour changer du cadre un peu monotone, – il est vrai –, de la déambulation en galerie, nous vous suggérons une installation déroutante, visible jusqu’au 24 novembre au Jardin des Plantes. Si vous comptez vous y promener en famille ou entre amis, par les derniers beaux jours, vous risquez d’être pris au dépourvu devant le rappel des tâches ménagères sacrifiées à cet après-midi de détente ! En effet, des brosses utilitaires vont surgir au détour de votre ballade bucolique. Intitulée Hybridations, l’installation pour le moins surprenante du « designer végétal » Alexis Tricoire risque de vous arracher nombre de sourires amusés. Soucieux de valoriser un domaine important de l’industrie française, la brosserie, il s’est fait une joie de mêler brosses et balais aux plantes exubérantes des Grandes Serres. Objets manufacturés et plantes sauvages se trouvent réconciliés par des similarités formelles qui prennent l’allure d’évidences. Plus qu’une adaptation à notre environnement et à nos besoins, le design devient une façon de changer notre rapport à ce qui nous entoure. Alors, soyons attentifs ! Soyons réceptifs ! Les objets inanimés ont une vie propre… Loin d’être seulement à notre service, ils traduisent notre façon de penser tout en la façonnant.


 

Etudiante en histoire de l’art, je cultive Paris depuis que je l’habite, de façon permanente, depuis deux ans déjà. Je vous parlerai de ce que j’y vois, de ma sympathie pour les choses plus ou moins « culturellement identifiables ». Je passe plusieurs fois dans la semaine vérifier si Hippomène poursuit toujours Atalante, que jamais il ne rattrapera, tout figé dans le marbre qu’il est, cour Marly, au Louvre. Vous pouvez donc souvent me trouver dans les musées, en compagnie du SMV, nom de code du groupe « Un Soir, un Musée, un Verre », à Orsay, dans les galeries d’art, à la Fondation Cartier… Ou tout à fait ailleurs. Car « la vraie vie …»

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