Aujourd’hui on s’intéresse à un tableau exposé ni dans un musée, ni dans une galerie d’art mais… dans la gare de l’Est ! Et cet accrochage ne doit rien au hasard. Le tableau « Le départ des poilus, août 1914 » réalisé en 1926 par le peintre américain Albert Herter nous rappelle en effet que c’est de cette gare que des milliers de soldats partirent au combat lors de la première guerre mondiale.

Que représente ce tableau ? Pourquoi a-t-il été peint par un Américain ? Et que nous raconte-t-il sur la guerre ? Zoom sur un tableau bouleversant…

Le départ des poilus

Située dans le hall principal de la gare de l’Est, cette immense toile de 5 x 12 mètres n’attire pas beaucoup l’attention des voyageurs. Il s’agit pourtant d’un témoignage poignant d’un événement qui s’est déroulé ici-même entre 1914 et 1918 : le départ des soldats pour la guerre.

Le départ des Poilus, Albert Herter, Gare de l'Est
Le départ des Poilus, août 1914, par Albert Herter, 1926, Gare de l’Est

Le tableau nous présente en effet plusieurs soldats montant à bord d’un train. Sur le quai et aux fenêtres, ils sont nombreux à saluer leurs proches. Si on regarde attentivement chacune des scènes représentées, on peut y voir des couples qui se séparent, des parents saluant leurs fils ou encore des enfants embrassant leur père.

La scène n’est pas fidèle à l’Histoire : en effet lors du départ des soldats, les familles n’avaient pas accès aux quais et chacun partait dans ses habits de tous les jours, les uniformes n’étaient pas encore distribués. Cependant, le tableau témoigne de l’état d’esprit qui régnait au début de la guerre, un départ qui se faisait dans la détermination et dans la confiance. On pensait alors que le conflit n’allait pas durer et que tout le monde serait vite de retour à la maison. Personne n’imaginait que la guerre s’éterniserait pendant quatre années et que le bilan humain serait aussi lourd.

Mobilisation de 1914, le premier départ Gare de l'Est
2 août 1914, la mobilisation, le premier départ, Gare de l’Est, Agence Rol. Source : Gallica / BnF

L’hommage d’un père à son fils mort à la guerre

Au milieu de ces familles qui se séparent, deux personnages dénotent aux deux extrémités de la toile. Un homme et une femme apparaissent livides, le regard dans le vague, mains jointes ou tenant un bouquet. Il s’agit du peintre lui-même et de se femme, saluant la mémoire de leur fils, Everit.

Ce dernier, engagé volontaire dans les troupes américaines, trouva la mort en France en 1918 dans l’Aisne. C’est lui qui est représenté au milieu du tableau, bras levés et « la fleur au fusil ».

Everit Herter partant à la guerre la fleur au fusil
Everit Herter
Albert Herter recevant la Légion d’honneur, extrait du « Petit Parisien », édition du 8 juin 1926

Albert Herter fit don de ce tableau à la France en 1926. Il fut inauguré le 7 juin de la même année dans la gare de l’Est en présence du maréchal Joffre, du ministre de la Guerre Paul Painlevé et de l’ambassadeur américain devant « une foule profonde et toute remuée par la vision qui lui sera désormais offerte et par les paroles qui exaltaient le sacrifice de tant des nôtres et de tant de jeunes américains » comme le relate le Petit Parisien. Une inauguration commémorant – selon les discours donnés à cette occasion – « une des minutes les plus poignantes qui aient sonné au cadran de l’humanité ».

Pour cette toile, Albert Herter reçut la Légion d’Honneur.

Le tableau Le départ des Poilus dans le hall de la gare de l'Est
Le tableau « Le départ des Poilus » par Albert Herter, dans le hall de la gare de l’Est

Le rôle de la gare de l’Est dans la guerre

En passant par le « hall, siège de toutes les hâtes et de tous les oublis » (1), les voyageurs d’aujourd’hui ne pensent pas forcément à tout ce qui s’est joué dans cette gare. Point névralgique de la logistique de guerre, la gare de l’Est a pourtant servi à acheminer du matériel, à emmener les soldats sur le front mais aussi à assurer les permissions, souvent très difficiles à vivre pour les poilus qui redécouvraient un monde « civilisé » loin de l’univers des tranchées avant de devoir se résoudre à retourner au combat.

Poilu retrouvant sa famille lors d'une permission
Permissionnaire à la Gare de l’Est retrouvant sa famille, Agence Rol. Source : Gallica / BnF

En plus du tableau de Albert Herter, la gare de l’Est a de nombreux autres références à la guerre : une sculpture allégorique de Verdun orne le fronton ; le parvis a été rebaptisé place du 11 novembre 1918 ; sur la façade une plaque commémore le souvenir de ceux qui « partirent entre 1914 et 1918 pour défendre leur Ville et leur Patrie » ; et au niveau des quais, une autre plaque est dédiée « aux cheminots du réseau de l’Est morts pour la France ».

Départ des militaires pendant la première guerre mondiale, Gare de l'Est
Départ des militaires Gare de l’Est, Agence Rol. Source : Gallica / BnF

Vidéo : le Départ des Poilus en 1 minute

Découvrez l’histoire de ce tableau en 1 minute dans cet épisode de Zoom dans l’Art :


(1) Extrait du discours de M. de Monzie lors de l’inauguration du tableau

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