Résumé :

Mathilde est veuve, mère de 3 enfants et travaille dans une grande entreprise. Depuis quelques mois, elle souffre de harcèlement moral ; son chef fait tout pour la pousser à bout. Thibault est médecin, en se rendant au domicile de ses patients, il observe les vies qui se déchirent. Tous deux doivent faire face à une trop grande solitude, à Paris, dans cette ville sans cesse en mouvement.


 

Avis :

Delphine De Vigan Les heures souterraines

Depuis No et moi, Delphine De Vigan fait partie des auteurs « à la mode ». Elle a réussi à avoir une place bien visible sur les étalages de nos librairies lors des rentrées littéraires. Mais avec la notoriété, le risque de déception devient aussi plus important.
Au début du livre j’ai eu peur que l’histoire soit trop prévisible. Cet homme et cette femme, tous deux en quête d’un « autre » qui leur ressemble afin de combler ensemble leur solitude… on le voit venir gros comme une maison. Mais Delphine De Vigan n’a pas cédé à cette facilité et heureusement ! Ce livre décrit formidablement bien la solitude des grandes villes et, en tant que « parisien » travaillant dans une multinationale, je trouve cette vision d’un réalisme terrifiant. Combien de vies, de corps courbés croisons-nous chaque jour sans nous en rendre compte alors qu’il suffirait d’un mot ou d’un geste pour connaître un peu mieux l’autre et aller mieux. Mais attention ce livre ne fait pas la morale, il constate, c’est tout.
Avec ce 5e livre, on comprend que l’auteur observe les travers de la société moderne : anorexie, adultère, sans abris… A chaque fois elle fait mouche, au point que c’en est parfois déprimant tant on prend conscience de l’absurdité de ce qui nous entoure. « Les heures souterraines » n’est pas là pour vous faire sourire ou rêver, au contraire. Vous êtes prévenu mais tachez cependant de ne pas passer à côté de cette lecture.

 

Extrait :

 
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Des femmes et des hommes comme Mme Driesman, il en a vu des centaines. Des femmes ou des hommes que la ville abrite sans même le savoir. Qui finissent par mourir chez eux et que l’on découvre quelques semaines plus tard, quand l’odeur est trop forte ou que les vers ont traversé le plancher.

Des hommes ou des femmes qui parfois appellent un médecin, simplement pour voir quelqu’un. Entendre le son d’une voix. Parler quelques minutes.

Au fil des années, il a appris à reconnaître l’isolement. Celui qu’on ne voit pas, caché dans des appartements miteux. Celui dont on ne parle pas. Parce que les Mme Driesman passent parfois des mois sans que personne ne se rende compte qu’elles n’ont même plus la force d’aller chercher leur retraite à La Poste.

Aujourd’hui quelque chose l’atteint, de plein fouet, il n’arrive pas à mettre la distance nécessaire entre lui et cette femme.

Il la regarde et il a envie de pleurer. […]

– Est-ce que vous sortez de chez vous, madame Driesman ?

– Oui, oui, docteur.

– Hier vous êtes sortie ?

– Non.

– Et avant-hier ?

– Non.

– Depuis combien de temps vous n’êtes pas sortie ?

La femme a mis son visage dans ses mains, son corps est secoué de sanglots.

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Note : 
 

2009 – 300 pages – ISBN : 978-2-7096-3040-5
Delphine De Vigan – Française

Article initialement publié sur le blog Art Souilleurs

 

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Jeune trentenaire et vieux blogueur. Fondateur de Culturez-vous et organisateur de l’association "Un Soir, un Musée, un Verre". Flâneur professionnel et éternel curieux.

15 COMMENTAIRES

  1. Un livre très prenant, très oppressant, qu’on n’a pas envie de lâcher car on est complètement immergé dedans et en même temps qui est très dur. Par moments, on est à la limite du trop dans la mesure où la construction du personnage de Mathilde est à peu près exclusivement basée sur le pathos. A chaque page, on se demande ce qui va bien pouvoir encore lui arriver de plus horrible ; on se dit que c’est pas possible que ça continue, mais si^^.
    Ce que j’ai beaucoup aimé, c’est la violence sous-jacente et omniprésente que le livre réussit très bien à faire ressentir ; et aussi cette solitude dévorante qui contamine la vision du monde. Ce qui fait à mon avis le point fort et le point faible de Delphine de Vigan, c’est qu’elle excelle dans la description du psychologique. Mais comme il n’y a à peu près que ça, l’histoire ne décolle pas vraiment de la sphère romanesque. Il y manque une dimension supérieure car au final, la vision qui nous est donnée des choses est assez réductrice (même si elle reste critique et juste sur bien des points).

  2. j’ai fini hier soir No et Moi. Encore un de ces livres dont j’aurai aimé que la derniere page n’arrive pas si vite. bref une histoire tres prenante qui m’a bcp plus. Encore une bonne selection de ta part!

  3. Je suis occupée à lire « Les heures souterraines » et je trouve ce roman bouleversant, pas tant par les personnages que par la description de la ville, de la modernité dans ce qu’elle a de mécanique et d’inhumain. En exergue, les quelques vers de la chanson » Comme un légo » chantée par Bashung ét écrite parMansay sont parfaitement choisis. Le livre apparaît presque comme une ‘mise en roman’ de cette magnifique chanson .

  4. Bonjouur,

    est-ce que vous pensez, qu’il a des similitudes entre Delphine de Vigan et d’autres auteur actuels, soit en France soit a l’etranger? Pour ma part je trouve qu’il peut y avoir quelchose d’Amélie Nothomb (Stupeur et tremblements)…Qu’en pensez-vous?

  5. Effectivement sur ce livre en particulier le lien avec « Stupeur et Tremblements » peut se faire (les deux histoires racontant les pressions psychologiques faites dans une entreprise) mais les similitudes entre De Vigan et Nothomb s’arrêtent là pour moi. Je trouve que le style des deux auteurs est assez différent.

    Dans la façon dont est mené le récit, j’avais trouvé une petite similitude avec « Une année étrangère » de Brigitte Giraud, bien que l’histoire soit très différente (voir l’article ici : http://art.souilleurs.free.fr/livres/index.php/2010/01/08/brigitte-giraud-une-annee-etrangere/).

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