La ville de Rodez étant bâtie sur « le Piton », il n’est pas possible d’aborder le Musée Soulages de face, et l’on découvre ses bâtiments fort différemment selon qu’on les aborde par en haut ou par en bas. Arrivant de la cathédrale, les cubes et pavés d’acier Corten semblent être tapis au flanc de la ville, seuls leurs sommets émergent de la couche de pierres noires dans laquelle ils paraissent négligemment posés. En arrivant par en-dessous, le Musée Soulages semble au contraire surgir du sol, s’agripper au flanc du « Piton » comme un immense jouet métallique fiché dans de la terre meuble. Ce bâtiment dont le profil diffère selon la position du spectateur n’est pas sans rappeler les œuvres pour lesquelles il a été bâti : les travaux de Pierre Soulages qui offrent elles-mêmes un aspect changeant. Autre similitude avec les œuvres de l’artiste ruthénois, les architectes sont parvenus à rendre homogène les faces des parallélépipèdes, grâce à un habile jeu de toiles tendues derrière les fenêtres qui donne l’illusion de l’opacité.

Musée Soulages - Vue générale
Musée Soulages – Vue générale

 

A la diversité des œuvres de Soulages, répond la diversité des espaces au sein du musée. La donation de plus de 500 pièces permet en effet de balayer l’ensemble du travail de l’artiste ruthénois, chaque technique bénéficiant d’un lieu dédié, associé à quelques explications. Il ne s’agit pas de pièces fermées sur elles-mêmes, sauf pour la salle des travaux préparatoires à la création des vitraux de l’église abbatiale de Conques, mais bien d’espaces où l’on évolue à travers les techniques comme par glissement, sans rien qui pèse.

Salle des travaux préparatoire pour les vitraux de l'église abbatiale de Conques
Salle des travaux préparatoire pour les vitraux de l’église abbatiale de Conques

La partie réservée aux gravures (eaux-fortes, sérigraphies et lithographie) m’a fait penser à un cabinet particulier, long et large corridor aveugle, de faible hauteur, scandé par des vitrines et des cimaises. Certaines estampes sont présentées avec leur matrice de cuivre, ce qui permet de bien saisir l’approche originale de ces techniques par Soulages. Mitoyen de ce long cabinet d’estampes, terme abusif puisqu’il s’ouvre sur des œuvres de jeunesse de l’artiste comportant des huiles, se trouve une enfilade de salles de grande dimension à la lumière généreuse. Les toiles tendues devant les fenêtres n’obturent pas la lumière naturelle, elles la rendent plus douce, enveloppante et uniforme. C’est dans ces salles que sont installés les tableaux les plus emblématiques de Soulages. Le lecteur devra ici m’excuser, mais aucune photographie ne saurait vraiment les rendre. J’ai pu enfin découvrir dans ces salles les brous de noix de l’artiste ruthénois, des œuvres notables pour leurs blancs, dont la survie paraît déjà précaire, mais aussi pour leur matériau qui n’est pas sans évoquer le terroir environnant dans lequel l’œuvre et le musée viennent prendre place.

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Le Musée Soulages doit accueillir la collection Soulages ; il le fait fort bien. La salle rassemblant les travaux préparatoires pour les vitraux de Conques en est le meilleur exemple, car elle reprend la disposition des œuvres dans l’église abbatiale tout en offrant au visiteur des détails sensibles sur le processus de création. Mais musée n’est pas mausolée, quelque grand que soit le créateur. L’équipe de direction devra désormais animer cet institution pour y attirer public et artistes, car personne ne passe par Rodez, on y va délibérément. Dans cet écrin destiné à recevoir les œuvres de Pierre Soulages, on imagine que l’accueil d’autres artistes sera difficile, même si un vaste espace est réservé à des expositions temporaires. J’espère pourtant que certains oseront venir créer avec ce lieu, ou malgré lui, et qu’ils se confronteront à ses arêtes d’acier qui sont autant de socs de charrue dont le passage dans les terres aveyronnaises renouvelle le champ artistique.

Salle des expositions temporaires
Salle des expositions temporaires

 

Informations pratiques :

 

Musée Soulages
Jardin du Foirail, avenue Victor Hugo, Rodez

Tarif plein : 7 € / Tarif réduit : 4 €

http://musee-soulages.grand-rodez.com

Fils posthume, caché et renié du Régent et de la Mère Angélique Arnauld, j’en ai hérité certains traits de caractère. Amateur d’art contemporain (c’est Antoine qui m’a dit de mettre ça), d’humour potache et de littérature latine. Je n’aime pas les gens qui commencent leurs phrases par « Vous n’êtes pas sans ignorer… »

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