L’impression est immédiate et grandiose. En entrant dans la chapelle de l’Oratoire du musée des Beaux-Arts de Nantes, le regard du spectateur monte vers le ciel, suivant une longue bande de tissu coloré, puis retombe par terre et longe un filet de pêche posé là. Il s’ouvre alors, contemplant le très bel espace de la chapelle sans mur ni cimaise consacré à l’artiste. Claude Viallat est né en 1936 à Nîmes et a fait partie des fondateurs du groupe Supports/Surfaces en 1969 ; il présente ici Voiles, cordes, filets, parasols…, envahissant l’espace d’objets marins détournés et recouverts de motifs peints.

 
Claude Viallat Musée des Beaux Arts Nantes
 

Claude Viallat s’est amusé avec l’espace de cette chapelle sans mur : construite sur un plan cruciforme, la chapelle semble toute neuve. Restaurée dans les années 80, elle n’est qu’architecture et décors sculptés, le religieux ayant quitté les lieux depuis bien longtemps. C’est donc tout naturellement que, lorsqu’on l’interroge à propos d’un quelconque intérêt pour l’aspect sacré du lieu, Claude Viallat répond que cela n’a pas influencé son travail ou son installation de l’exposition – ce malgré l’aspect sublime et grandiose de certaines de ses œuvres monumentales. Il a pris la chapelle comme un espace avec des contraintes et des avantages, un espace « chahuté par les niches » où il pouvait suspendre ses œuvres aux chapiteaux des colonnes et profiter de la sublime hauteur sous plafond, mais aussi s’accommoder des nombreux éléments de décor.

 
Claude Viallat Musée des Beaux Arts Nantes
 

L’océan apprivoisé par l’artiste est partout présent : voiles de bateaux repeintes, cordes tressées et parasols exposés à plat font résonner les chants d’amour des sirènes entre les murs de la chapelle. Alors que le visiteur se perd dans la contemplation des parasols peints, des vagues imaginaires se fracassent contre les murs et laissent place au pinceau de Claude Viallat, obsessionnel dans sa multiplication des motifs et des lignes.
Il couvre des voiles de bateaux de formes colorées, sans enlever une fermeture éclair ou une couture : la voile est accrochée très haut et tombe en de gracieux plis qui semblent être les grandes parenthèses de souvenirs d’aventures en mer. Ces plis sont la trace de l’utilité première de la voile, qui se gonfle dans le vent et dirige le bateau dans son trajet. Désormais, ils ne dirigent que notre regard, et c’est très beau.
Les cordes, tressées en de grands filets de pêches ou enroulées dans des nœuds impossibles, n’attrapent plus aucun poisson et s’étalent sur le sol comme un tapis. À travers le filet, on aperçoit le sol de la chapelle. Le filet est devenu n’est plus braconnier, mais motif répété de cordes croisées. La contemplation aspire le spectateur mieux que ne l’aurait fait un véritable filet… Et l’on tombe dans le piège délicieux de Claude Viallat. Ses plus gros nœuds évoquent quant à eux une animalité monstrueuse et semblent être des poulpes noirs échoués. Leurs mille cordages entrelacés dessinent la sensualité de l’océan et de ses formes courbes.

 
Claude Viallat Musée des Beaux Arts Nantes
 

Au loin, le cri d’une mouette. Là, devant nous, les explorations d’un artiste magnifique, tissées d’hommages aux grands peintres solaires comme Henri Matisse, où la matière dialogue avec la couleur qui dialogue avec le support qui dialogue avec la forme… Dans une danse infinie et parfaite.

 
Claude Viallat Musée des Beaux Arts Nantes
 

Et à propos de danse, notez dans vos agendas le joli rendez-vous des 11, 13, 15 et 17 mai : Claude Brumachon, chorégraphe passionné, présentera La Suite logique des choses, spectacle de danse contemporaine où les corps dialoguent avec les œuvres, chacun incarnant une couleur – le blanc immobile, le vert qui lâche prise, le violet sinueux, le marron qui fait des nœuds, etc. Le dialogue entre les arts sera alors à son apogée, installation, architecture et danse se mêlant dans un même spectacle visuel et musical.

 

Informations pratiques :

 

Claude Viallat présente Voiles, cordes, filets, parasols…

Aux Beaux-Arts de Nantes, place de l’Oratoire, 44000 Nantes
Du 27 février au 17 mai 2015
Tarifs : 2 € (plein), 1 € (réduit)

 

«Ce que je veux dire, c’est qu’elle avait des yeux où il faisait si bon vivre que je n’ai jamais su où aller depuis.» (Romain Gary, La promesse de l’aube)

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