Pour ceux qui n’y sont jamais allés, difficile d’imaginer l’envergure de la Biennale de Venise : c’est bien simple, elle est partout dans la ville, ainsi que sur les îles alentours. Deux grands rendez-vous sont donnés à l’Arsenale, gigantesque site couvert, et aux Giardini, où les bâtiments sont entourés de nature : ils abritent tous deux une exposition internationale qui se veut cette année très politique, et des pavillons nationaux. Dans la ville sont disséminées d’autres expositions : on en trouve dans des églises, des couvents, des bibliothèques, voire même dans de toutes petites pièces qui s’apparentent à des garages. Face à cette abondance, renonçons tout de suite à chercher l’exhaustivité et laissons nous porter par les élans de notre cœur… Voici donc un micro-panorama de ce qui nous a fait vibrer.

 

Taryn Simon, à voir dans l’exposition internationale de l’Arsenale

 

Son nom nous est familier depuis peu grâce à sa rétrospective au musée du Jeu de Paume (24 février-17 mai 2015) : Taryn Simon propose des œuvres hybrides entre photographie, texte et installation, racontant toujours des histoires politiques ou sociales captivantes. Ici, elle se place dans l’œil de l’infime et raconte l’histoire de grands accords passés entre différents pays à travers les bouquets de fleurs qui décoraient la salle : à Beyrouth par exemple, pour célébrer l’accord avec une grande puissance d’une remise en service de la poste, deux sortes de Rosa et une de Cymbidium étaient présentes dans de beaux bouquets arrangés avec soin. Taryn Simon a donc photographié les bouquets de manière presque clinique, sur fond brun, et a fait sécher les dites fleurs sur la page d’à côté. Un texte explicatif accompagne le tout, généralement pour montrer l’aberration ou l’inutilité des accords. Les fleurs sont le signe à la fois du faste politique et de la fragilité humaine toujours rappelée, mais toujours oubliée par les puissants.

 

Taryn Simon
Taryn Simon

 

Herman de Vries, pavillon de la Hollande, Giardini

 

La proximité de l’œuvre de Vries avec la nature semble être le plus beau des messages de paix de la Biennale. Dans le pavillon blanc de la Hollande, éclairé de la lumière vénitienne, des cailloux, des roses et des plantes enchantent le cœur. Premier spectacle, la réunion de boutons de rose en un grand rond central : odorant merveilleusement l’espace, les petites roses sont fragiles et demandent à être contournées avec soin, si l’on ne veut pas perturber les contours du rond. Toujours dans le thème des fleurs séchées, certaines sont exposées dans des cadres sagement alignés : sauvages, infiniment belles, elles s’accompagnent de pierres et d’huitres qui achèvent d’offrir un panorama façon herbier de la nature mondiale. Car Herman de Vries traverse la terre entière pour en ramener des souvenirs naturels, son œuvre donne l’idée d’un monde uni, humble. Dans cette même idée, un grand mur est recouvert de feuilles de papier sur lesquelles l’artiste a frotté de la terre colorée : du sud de la France à l’Inde, la terre est appliquée avec la même attention. Devant cela, des pierres, toutes différentes mais de même dimension. De Vries réinvente l’artiste voyageur et offre une poétique infiniment douce et universelle.

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Adrian Ghenie, pavillon de la Roumanie, Giardini

 

Il y a des fois où les mots font défaut pour évoquer la force d’une image. On a peur de trahir, on a envie de décrocher la toile, de vous la mettre devant les yeux et dire « voilà », des larmes dans la voix. Mais essayons tout de même d’expliquer la puissance des peintures d’Adrian Ghenie : rappelant Bacon dans un premier regard, ses peintures se dérobent vite à cette comparaison et glissent dans le royaume du mouvant et du changeant. Grâce à une peinture grasse, coulante, qui mélange les couleurs sauvagement, les motifs figuratifs de ses peintures se brouillent dans une vision hallucinante. Écartez-vous de quelques pas et vous verrez : ses images conservent la même force de loin ou de très près, et leur format n’influence pas leur monumentalité intrinsèque. Dislocation des formes, indices de la folie, couleurs baveuses étalées comme une blessure : Adrian Ghenie est entre la douceur et la violence… On mangerait ses toiles comme on s’en détournerait.

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Trois artistes, c’est bien peu face à l’intensité artistique de la Biennale. Ajoutons-en trois autres, rapidement.
Terry Adkins, exposé à l’Arsenale, présente des sculptures étonnantes faites d’accumulations d’objets aux couleurs sombres : entre le totem et le cabinet de curiosités, chacune d’elles évoque un monde à part.

Jasper et Joanna Malinowska, pavillon de la Pologne, présentent une vidéo panoramique extrêmement prenante qui place le spectateur au cœur d’un village haïtien. Il y ont fait jouer, en pleine rue, entre les chèvres et les gamins rieurs, un opéra de 1858, Halka de Stanislaw Moniuszko : politique et sensible, cette œuvre vidéo donne à réfléchir sur la toute-puissance de la culture occidentale, sur son exportation et sur la force du partage.
Enfin, l’installation-vidéo de Theaster Gates : plaçant le spectateur dans une église (par une ébauche de décor et un immense écran), l’artiste fait jouer à quelques hommes une partition bien étrange : entre les murs d’une cathédrale partiellement détruite, un violoncelliste chanteur de blues accompagne les bruits provoqués par deux hommes qui soulèvent des objets lourds et les lâchent sur le sol. C’est étrange mais ultra-puissant : l’artiste donne au religieux un nouveau sens, qui résonne et résonne et résonne.

 

Comments to: La Biennale de Venise en trois coups de cœur

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