Venise n’a pas beaucoup de défauts, mais s’il faut chercher, disons qu’elle manque un peu de parcs et de verdure (si l’on oublie les fantastiques fleurs qui descendent des balcons pour odorer les canaux). Mais lorsque la Biennale est là, les possibilités sont multipliées. Ainsi, si vous avez une subite envie de sortir de la ville pour vous balader en forêt, rendez une petite visite à l’exposition collatérale de l’artiste anglaise Helen Sear.

…the rest is smoke : extraits du titre de la dernière peinture de Mantegna, ces quelques mots vaporeux cachent une suite d’œuvres photographiques et vidéos exposées dans le couvent Santa Maria Ausiliatrice. Tout commence dans le noir – et Dieu sait que le contraste est frappant, Venise étant inondée de soleil et de reflets –, avec la vidéo Company of Trees : un rythme fou et des images saccadées montrent une petite fille habillée de rouge qui tourne autour d’un arbre, mâchée dans l’œil de la caméra avec des images de feuilles. Pas de transparence mais une alternance si rapide que l’on croirait être en train de vivre une hallucination double, verte et rouge, vestige d’un conte lointain et d’une vision naturelle humide. Enveloppante, cette première vidéo donne le ton d’un travail sur la forêt entre fantasmes et fascination.

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Plus loin, une vidéo exposée à plat s’amuse à tordre des images d’arbres, en faisant un motif liquide et modulable à l’envie : la créatrice se fait démiurge, elle s’invente vent violent et joue avec les éléments. Elle joue aussi avec le spectateur, lui montrant sur une surface plane inoffensive l’emblème même de la force et de la hauteur. On pourrait oublier de se méfier… Tout aussi innocente, la vidéo de petits oiseaux charmants grignotant un bloc, de pierre ou de pain, on ne saura pas, mais quelque chose guette : derrière le format arrondi de l’image, la mise en scène est charmante mais intrigante. C’est loin d’être une vision bucolique façon carte postale désuète ; le mystère règne.

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Grandiose, l’installation Stack présente une vision de forêt sur des planches de bois appuyées contre le mur : deux états de l’arbre y sont montrés, l’un naturel, l’autre manufacturé. Une fragilité pointe son nez, une sensibilité à l’égard des arbres, monstres sacrés sacrifiés. D’ailleurs, la salle suivante montre leur destin : coupés à leur base, les arbres de Brand ne sont plus que des vestiges minuscules, envahis par la mousse. Cette mousse d’ailleurs, vert fluo, semble être de la peinture ajoutée par un street artist champêtre…

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…the rest is smoke se termine sur une installation lumineuse, l’image jaune d’un champ dont la lumière illumine une inscription transparente sur le mur qui lui fait face. Helen Sear convoque le mystère comme piqure de rappel de la grandeur et de la puissance de la nature : les petits oiseaux sont comme le signe d’une tempête qui s’annonce, les arbres coupés se vengent déjà par leurs couleurs ultra-violentes, les branches se teintent de rouge… La nature, dans son œil, est un motif plastique percutant et toujours inattendu dans lequel l’homme reste un étranger, un passager.

 

Informations pratiques :

 

Du 9 mai au 22 novembre 2015
Chiesa di Santa Maria Ausiliatrice
Entrée libre

 

Comments to: Biennale de Venise 2015 : la forêt d’Helen Sear

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