Du 11 novembre 2015 au 17 janvier 2016, l’Institut du Monde Arabe et la Maison Européenne de la photographie à Paris se sont associés afin de concevoir pour la première fois une biennale des photographes consacrée au monde arabe contemporain.

Partant du constat que pour « beaucoup de pays, occup[a]nt à divers titres aujourd’hui le devant de la scène et participent à l’écriture de l’Histoire, […] [l’] on connaît de façon encore [trop] inégale leurs artistes, [voire que] certains sont mal identifiés ou demeurent même totalement dans l’ombre »1, Gabriel Baudet, le commissaire général, a souhaité pour cette biennale mettre en lumière tout le talent et la richesse artistique produite par les photographes qui explorent, de l’intérieur comme de l’extérieur, le monde arabe contemporain.

Ainsi, c’est avant tout à la rencontre de la réalité du monde arabe, et ce qu’elle soit positive ou négative, que cette biennale nous invite. Au travers des multiples histoires personnelles des photographes présentés dans chacune des institutions à l’origine du parcours, elle parvient à faire naitre un nouveau regard sur la diversité artistique existant et foisonnant au cœur de chacun de ces pays, tout en contribuant à contrer les nombreux clichés dont ils sont souvent victimes.

 

« [La photographie] contribue à sortir des clichés les plus éculés, à révéler des réalités cachées, volontairement masquées parfois, à améliorer la compréhension entre les peuples »2

 

Et c’est une vision nuancée de ce monde au milles facettes, à la fois empreint de multiples richesses et merveilles tout comme de lourdes problématiques, qui se révèle à notre regard. A la fois émus, surpris et touchés par les nombreux points de vus émergeant du travail de l’ensemble de ces photographes, un véritable voyage socio-culturel nous attend, porté par l’art de la photographie, elle-même oscillant ici entre le reportage documentaire et la création artistique.

Et l’on en ressort ni indemne, ni de marbre. Propre à susciter l’émotion et la curiosité du visiteur, ce parcours de visite ne laisse d’aucun indifférent. La variété des sujets traités, des approches esthétiques et de leurs formes (petits ou grands formats, impression sur tous types de supports etc.), sont autant de manières de découvrir et appréhender ce monde que l’on méconnait, loin de tout préjugé.

 

L’Institut du Monde Arabe présente, au travers d’une scénographie simple et chaleureuse, 29 artistes dont le travail aborde un riche registre de thématiques. Qu’il concerne le patrimoine, la condition des femmes, la vie quotidienne, la politique ou bien l’architecture des villes et bâtiments, le regard de ces artistes offre aux visiteurs de multiples clés d’entrée pour saisir et comprendre au mieux le monde arabe contemporain.

Emy Kat, The Everlasting Now, 2013, Arabie Saoudite
En écho avec l’actualité liée aux nombreuses destructions patrimoniales ayant eu lieu à Palmyre ou en Irak, l’œuvre de ce photographe tente de capturer, au travers de ses photographie, toute la richesse patrimoniale existant dans les pays arabes et son état actuel. Et comment ne par être interpellé par la beauté pourtant si dégradée de ce patrimoine ? Comment préserver cette mémoire en voie de disparition ? N’est-il pas déjà trop tard ?

En mettant en lumière tout ce qui fait de ce patrimoine de véritables œuvres d’art, mais aussi toutes les altérations et dégradations auxquelles elles sont soumises, c’est ici la question de la préservation du patrimoine et du rôle de l’homme dans cette démarche, qui est soulevée.

 

Malik NejmiLa chambre marocaine, 2013, France
Œuvre dégageant de prime abord une extrême douceur et poésie, la Chambre marocaine de Malik Nejmi offre une réflexion sur des sujets pourtant difficiles : celles de l’exil, de l’histoire familiale et collective. En effet, réalisées dans un atelier, ces photographies très épurées de ses enfants, présentées ici sous forme de dyptiques de grand format, évoquent en réalité les difficultés du photographe à regagner les lieux de ses racines méditerranéennes.

N’appartenant ni au Maghreb ni à la France, ces clichés, au-delà de tout cadre spacio-temporel, offrent une réflexion sur l’immigration, problématique récurrente dans les pays arabes.

 

Mouna Saboni, La peur, 2015, Egypte
L’œuvre de Mouna Saboni exposée à l’Institut du Monde Arabe se veut être avant tout le témoignage des difficiles conditions de vies des femmes en Egypte et de la violence qu’elles subissent. Toute la complexité de leur situation est symbolisée avec subtilité par ces photographies de ces femmes aux allures mystérieuses. Leurs corps ne sont révélés qu’à moitié, comme pour exprimer, dans un même temps, leur peur mais aussi leur détermination à montrer, dénoncer et exprimer au plus haut et au plus grand nombre, les épreuves auxquelles elles sont soumises au quotidien.

Mouna Saboni, Egypte 2, 2015 © Mouna Saboni
Mouna Saboni, Egypte 2, 2015 © Mouna Saboni

 

La Maison européenne de la photographie aborde le monde arabe contemporain sous les thématiques de la rétrospective, du portrait et de l’architecture des villes.

Bruno Barbey, Rétrospective.
Bruno Barbey compte parmi les plus importants photographes de ce monde. Coopté dès l’âge de 25 ans par l’Agence Magnum, il a immortalisé les événements les plus importants du demi-siècle passé (Mai 68, Guerre du Golfe…), de son regard à la croisée entre le documentaire et l’artistique. Profondément humaines, souvent prises sur le vif, sans basculer dans le pathos ou le « gore » malgré la violence des sujets traités, ses photos étonnent, émeuvent et fascinent le visiteur. Cette rétrospective couvre bien sûr de nombreux autres pays et événements hors du cadre du monde arabe, mais il a également photographié à de multiples reprises le Maroc, son pays d’origine.­­

 

Le parcours de la Biennale se poursuit également dans de nombreux autres sites dont la Mairie du 4ème arrondissement, à la Cité internationale des arts, à la Galerie Binôme, à la Galerie Basia Embiricos et enfin à la galerie 12 photo Galerie.

Par ailleurs, Graine de photographe organise un concours autour du thème Mille et une oasis. Vous êtes tous, photographes amateurs ou non, invités à photographier une des nombreuses épiceries de nuit parisiennes et à envoyer votre œuvre à contact@grainedephotographe.com (informations sur les consignes de participation sur Graine de photographes.fr).

Pour plus d’informations, nous vous invitons à vous rendre également sur le site de la biennale.

Informations pratiques

Du 11 novembre 2015 au 17 Janvier 2016.
Plein tarif : 13 € ; Tarif réduit : 8€.
Réservation possible en ligne sur le site de l’Institut du Monde Arabe.


(1) Gabriel Baudet, commissaire général, dossier de presse, p. 5
(2) Jack Lang, président de l’institut du monde arabe, dossier de presse, p.5

Comments to: L’inédite biennale des photographes du monde arabe contemporain

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