Quatrième de couverture :

Ils sont deux. Deux jeunes garçons fortement liés, partageant les mêmes exaltations et le même ennui, caressant les mêmes horizons et les mêmes ténèbres. Puis la vie exige d’eux qu’ils sortent de l’adolescence, qu’ils deviennent ce que la société attend. L’un – le narrateur – commence à « devenir », l’autre voit son élan brisé et trouve refuge dans un hôpital. C’est cette adolescence, puis les visites à l’hôpital, qui sont racontées ici par fragments. Une histoire surgie du passé, mais restée vive dans la mémoire du narrateur, endeuillée par l’absence de son alter-ego qui brusquement n’a plus été qu’un autre, puis un étranger impossible à sauver…


 

Avis :

 

arnaud-cathrine-garcons-perdus-couvertureEn plongeant dans cette lecture, je pensais à la chanson de Jeanne Cherhal, Hommes perdus, m’attendant à trouver un roman sur le deuil. Si la mort n’est pas présente, il y est tout de même bien question d’un deuil, amical cette fois : comment faire face à la disparition, ou plutôt à l’éloignement, d’un ami ?

Nous avons probablement tous connu cette sensation étrange lorsque l’on revoit un ami perdu de vue depuis plusieurs mois : on constate parfois que chacun a pris des trajectoires différentes et que l’autre, pourtant si proche de nous, est maintenant devenu un étranger. C’est cette expérience amère que vont vivre les deux garçons de ce roman.

La narrateur est un personnage sur la réserve, effacé, là où l’autre, l’Idole, apparaît sûr de lui. On apprendra vite que cette image n’est qu’une façade qui peut vite s’effriter. Au fil du roman, l’Idole perd de sa superbe, devient presque embarrassant dans la vie du narrateur qui ne peut pourtant se résoudre à le sortir totalement de sa vie, continuant à nourrir à son égard une passion incontrôlable.

Les garçons perdus m’a fait penser au film Oslo 31 août, l’histoire d’un jeune homme sortant d’une cure de désintox et qui fait face au mépris de la société. Ce film s’inspire lui-même du Feu Follet, de Louis Malle, mentionné dans ce roman et cher à Arnaud Cathrine qui l’évoquait déjà, je crois, dans Le journal intime de Benjamin Lorca. (Note pour moi-même : penser à le regarder bientôt).
Dans Oslo 31 août, le protagoniste disait : “on ne m’a pas dit que les amitiés qui se dissolvent imperceptiblement jusqu’à ce qu’on ne soit plus que des étrangers qui continuent à se dire amis” : c’est exactement le sujet de ce livre. Après Je ne retrouve personne, Arnaud Cathrine continue à explorer le thème de l’amitié et de l’éloignement. Dans ce nouveau roman, pas de longs chapitres ni de grandes tirades, ce sont de petites phrases qui se succèdent, comme des pensées égrainées, soulignant les réflexions et les doutes du narrateur.

Le roman est illustrée d’une série de photographies qui, à croire la quatrième de couverture, auraient inspiré l’écrivain. J’ai du mal à percevoir le lien entre le roman et les photographies et j’ai été bien plus sensible au texte qu’aux images. Je ne m’attarderai donc pas sur ces photographies mais je vous recommande vivement ce roman où la vie déborde, encore une fois.

 

Extraits :

 
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[tab]Extrait 1/3

Il me parlait comme à un étranger.

J’écrivais loin de lui depuis plusieurs mois. De son côté, il venait de me jouer la sérénade du roseau qui penche mais ne casse pas. Nous étions quittes en matière de trahison. Sauf que moi je le savais contrairement à lui.

J’aurais voulu qu’il s’écroule à mes pieds. Non pas pour voir l’idole à terre mais pour qu’il me demande de le relever et de le porter.

Il a raccroché avec une bonne voix.

Tout l’été, j’ai ressassé cette fausse voix.

J’aurais pu penser à son honneur, son amour-propre.

Mais non.

J’ai craint que quelque chose d’assez nocif soit en marche entre nous. Quelque chose que j’avais peut-être inauguré en me mettant à écrire sans rien vouloir en partager avec lui. Quelque chose donc nous portions tous deux la responsabilité en réalité (ça ne me vient qu’aujourd’hui) : il avait voulu que je lui appartienne totalement, j’avais voulu lui appartenir totalement, mais ce n’était pas possible.

J’ai pensé à ces deux garçons qui allaient être si loin l’un de l’autre l’année suivante qu’ils s’en perdraient peut-être de vue.

Les garçons perdus.

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[tab]Extrait 2/3

Je ne pensais pratiquement plus à lui. Ou, si j’y pensais, c’était pour constater qu’il ne me manquait pas tant que ça (vrai et faux).

Je n’en revenais toujours pas (quand j’y pensais) : il se passait de moi.

Tout ça pour ça.

Je n’avais pas le choix : je me passais de lui. (…)

Je ne l’appelais plus.

Est-ce que je l’avais abandonné ? En moi, s’entend. Je me racontais que oui.

Je me voulais sevré. (…)

J’ai toujours pensé qu’on risque gros avec les gens. Ce qui est vrai.

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[tab]Extrait 3/3

J’étais assailli de questions impossibles.

Qu’on multiplie n’importe quel chiffre par zéro, ça donnera toujours zéro.

Moi multiplié par lui.

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Note : 
 

2014 – 140 pages – ISBN : 978-2-36744-050-7
Arnaud Cathrine – Français

Editions Le bec en l’air

 

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Jeune trentenaire et vieux blogueur. Fondateur de Culturez-vous et organisateur de l’association "Un Soir, un Musée, un Verre". Flâneur professionnel et éternel curieux.

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