A Silent Voice (Koe No Katachi en japonais) est une adaptation du manga de Yoshitoki Ōima. Il raconte l’histoire de Nishimiya, une jeune fille sourde de naissance qui déménage dans une nouvelle école. Elle est harcelée par les autres élèves, notamment Ishida, qui finit par se faire exclure temporairement et se faire harceler à son tour. Quelques années plus tard le jeune homme, plein de culpabilité, décide d’apprendre la langue des signes et part à la recherche de Nishimiya.

Le film se centre essentiellement autour du sujet du harcèlement scolaire, en en montrant sa réalité – mêlant les dynamiques de groupe, la lâcheté, la cruauté même – mais également ses séquelles. Le personnage principal est un bourreau devenu victime, repenti donc mais qui cherche à se racheter, sans toutefois espérer un réel pardon. A travers son itinéraire, le film nous raconte sa culpabilité, sa souffrance, mais également sa lucidité, sa compassion, ses interrogations : comment peut-on réparer le mal qui a été fait, a-t-on le droit d’être heureux lorsqu’on a infligé autant de souffrances à quelqu’un ?

Au-delà du duo de protagonistes principaux, A Silent Voice aborde également la constellation familiale, avec l’appréhension en son sein du handicap, de l’honneur, de la souffrance et de l’incompréhension. Le point central du film, et du manga, semble alors le thème de la communication. Peu à peu, la langue des signes, cette voix silencieuse, apparaît comme le véritablement vecteur de la rencontre et du sens, contrastant avec les hurlements de colères, les moqueries mais aussi les multiples non-dits révélés tout au long de l’histoire.

A Silent Voice sait marquer par son traitement subtil de sujets comme le harcèlement scolaire, le handicap, l’anxiété sans en faire des prétextes ni des caricatures. En ce sens, le film a su garder tout l’équilibre de l’œuvre d’Ōima en usant des possibilités du film d’animation. La réalisatrice Naoko Yamada déploie en effet une animation de très grande qualité, avec parfois de très belles idées visuelles. A noter également, la performance des doubleurs japonais. On pourra toutefois reprocher au film quelques élans peut-être trop dramatiques et la persistance de certains clichés mais l’ensemble reste définitivement convaincant. Le film sort en France le 22 août 2018, soit deux ans après sa première diffusion nippone. A découvrir.

Passionnée par la littérature, la philosophie, l’histoire, l’animation japonaise et mille autres choses encore. Je cherche la poésie lovée au creux des choses. Car oui, « La poésie, c’est le plus joli surnom que l’on donne à la vie » (Prévert).

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