Certains chefs-d’œuvre traversent les siècles dans le silence feutré des musées tandis que d’autres, plus turbulents, semblent aimer l’aventure ! C’est le cas du Portrait de Jacob de Gheyn III de Rembrandt, un petit tableau au destin spectaculaire : volé, retrouvé, puis à nouveau volé… à quatre reprises.
Comment une œuvre si modeste par la taille est-elle devenue le tableau le plus volé de l’histoire ? Et que nous dit-elle du jeune Rembrandt et de son cercle intellectuel ? Derrière les faits divers dignes d’un polar se cache une histoire artistique fascinante.
Un petit portrait signé d’un grand nom
Peint en 1632, le Portrait de Jacob de Gheyn III appartient à la période de jeunesse de Rembrandt, alors âgé d’à peine 26 ans. Le tableau représente un homme élégant, au regard vif et assuré.
De dimensions modestes (à peine plus grand qu’une feuille A4), le tableau frappe par la précision du visage et par la maîtrise déjà impressionnante de la lumière. Rembrandt y montre son talent pour capter la personnalité de ses modèles — une qualité qui fera bientôt sa renommée.

Jacob de Gheyn III et Maurits Huygens : deux portraits, une amitié
Le portrait de Jacob de Gheyn III n’a pas été conçu comme une œuvre isolée. Il forme une paire avec le Portrait de Maurits Huygens, également peint par Rembrandt.

Jacob de Gheyn et Maurits Huygens étaient de très proches amis. En 1632, ils ont commandé à Rembrandt leurs portraits aux formats identiques, réalisés sur une même pièce de bois, de telle sorte qu’ils soient assortis. Tous deux avaient convenu qu’à la mort du premier, le second conserverait les deux tableaux. Ainsi, lorsque De Gheyn mourût en 1641, Huygens conserva les peintures. Hélas, par la suite, les tableaux ont été séparés et vendus à plusieurs reprises.
Aujourd’hui, le portrait de Jacob de Gheyn III est conservé à la Dulwich Picture Gallery de Londres tandis que celui de Maurits Huygens est à la Kunstalle de Hambourg.
Le “Rembrandt à emporter” : une œuvre qui disparaît sans cesse
Si le tableau est aujourd’hui mondialement célèbre, ce n’est pas uniquement pour ses qualités artistiques. Il détient un record peu enviable : celui du tableau le plus volé au monde. Conservé à la Dulwich Picture Gallery de Londres, il a été dérobé à quatre reprises — en 1966, 1973, 1981 et 1986.
À chaque fois, le scénario se répète : le tableau disparaît, parfois en plein jour, sans violence spectaculaire, comme s’il était… simplement emporté sous le bras. Cette facilité apparente lui vaut le surnom de “Takeaway Rembrandt” (« le Rembrandt à emporter »).
Fait remarquable : après chacun de ses vols, le tableau a toujours été retrouvé. Abandonné dans une consigne à bagages, découvert sous un banc, ou récupéré après une enquête discrète, il n’a jamais quitté durablement le territoire britannique ni subi de dommages majeurs.
Les motivations des voleurs restent floues. Trop célèbre pour être revendu sur le marché noir, trop identifiable pour disparaître réellement, le portrait semble avoir été volé plus pour le défi que pour l’argent. Une sorte de trophée temporaire, avant un abandon presque inévitable.
Une célébrité paradoxale
Aujourd’hui, le Portrait de Jacob de Gheyn III est exposé derrière des dispositifs de sécurité renforcés. Ironiquement, cette œuvre longtemps considérée comme secondaire dans l’œuvre de Rembrandt est devenue l’une des plus connues du grand public — non pour sa taille ou sa richesse, mais pour son incroyable biographie.
Son histoire rappelle que la valeur d’un tableau ne tient pas seulement à son prix ou à sa signature, mais aussi aux récits qu’il accumule au fil du temps. Et peu d’œuvres peuvent se vanter d’avoir vécu autant d’aventures !
Une autre oeuvre revendique le titre !
A Gand, en Belgique, les 24 panneaux du retable « L’Adoration de l’Agneau mystique » ont connu à eux tous pas moins de 13 vols ! Et l’un d’entre eux reste encore introuvable.

Mais ce retable est plutôt une victime de l’histoire car la plupart de ces vols ont été réalisés pendant les guerres, par Napoléon ou encore par les Allemands pendant les deux dernières guerres mondiales.


Pas de commentaires
Laisser un commentaire Cancel