Sept Ans de Réflexion, et en lieu et place de Marilyn Monroe, la figure d’Yvonne Lerolle de Maurice Denis !… Au musée d’Orsay, vous pouvez l’admirer, aussi insaisissable en ses trois déclinaisons, que la grande icône, en termes de culture visuelle, que fut l’actrice américaine.

Maurice Denis, Portrait d'Yvonne Lerolle en trois aspects
Maurice Denis (1870-1943), Portrait d’Yvonne Lerolle en trois aspects, 1897, huile sur toile H. 170 ; L. 110 cm, Paris, musée d’Orsay
© Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Cette exposition, qui partage son titre avec celui d’un film hollywoodien fameux, et qui vit ses dernières semaines, – nous vous conseillons d’ailleurs vivement de vous y rendre sans plus tarder -, a su nous faire voir les choses en grand. Bien plus que la simple présentation d’un panel de ses collections, cette exposition devient l’occasion de retracer l’histoire récente du musée. Elle se propose de rendre compte d’un aspect des musées que l’on a tendance à occulter, ou qui reste une réalité bien éloignée des préoccupations des visiteurs : la question des acquisitions. Objets d’une véritable politique, elles reflètent pourtant l’histoire des collections nationales. Elles sont aussi le fruit de choix subjectifs et sensibles, tout en laissant transparaître les grandes tendances historiographiques de la discipline qu’elles influencent. Par exemple, les acquisitions des photographies des premiers âges bénéficient du renouvellement historiographique qui a eu lieu depuis environ une quarantaine d’années. On peut ici s’étonner devant les expérimentations du Français Albert Londe ou s’émouvoir devant la poésie des épreuves de Robinson, et plus encore devant la secrète mélancolie qui émane de celles de Lady Clementina Hawarden.

Henry Peach Robinson, She never told her love, 1857
Henry Peach Robinson, She never told her love, 1857

S’il est toujours possible de disserter à propos des fonds violets ou plus ou moins pourpres des mises en espace, on ne peut que reconnaître à cette scénographie un véritable rôle d’écrin, que ce soit des bijoux, des meubles ou des tableaux. Le musée d’Orsay en vient ainsi à ressembler à la maison d’un collectionneur avisé. Au fait des recherches les plus actuelles, et en vrai pionnier, il a su se tourner vers les domaines des arts encore peu visités : l’art nordique, les arts textiles, l’Art Nouveau longtemps dénigré, le design italien du XIXè siècle et du début du XXè siècle. Au-dessus des toits de Paris, en parcourant ce cinquième étage entièrement investi pour l’occasion, il y a d’étonnants plats de reliures, peignes d’émaux ou tissus brodés à admirer, aussi bien que de merveilleux meubles, estampillés de grands noms : Dresser, Brothers & Herter, Paul Follot, Tesio…

Federico Tesio, Fauteuil, vers 1898
Federico Tesio, Fauteuil, vers 1898

Les arts mobiliers et décoratifs, qui vont des chaises colorées du finlandais Blomstedt aux tentures du préraphaélite Burne-Jones sont mis à l’honneur ; la peinture académique, dont Orsay s’est fait une spécialité est également représentée. Ni la sculpture, comme celle du très officiel Gérôme, ni les dessins d’architectes, auxquels sont consacrés une salle remarquable, ni même les dessins d’artistes plus confidentiels comme Luc-Olivier Merson : rien n’échappe aux insatiables curieux que sont les conservateurs en chef du lieu. En termes de diversité et d’ouverture aux autres pays européens, on ne peut que saluer cette présentation. Décidément, Orsay tient sa ligne d’une politique d’acquisition pointue et nous le prouve. L’enrichissement des collections du musée fait en l’occurrence l’objet d’une rétrospective audacieuse qui procure toute satisfaction aux amateurs et enchantent les novices. N’oublions pas que ces collections permettent de véritables découvertes pour le public et la préservation d’œuvres précieuses pour la recherche en train de se faire.

On savait que le musée d’Orsay était une ressource d’une grande qualité pour qui veut connaître les arts de la seconde moitié du XIXè siècle et du tournant du XXè mais s’il fallait encore le prouver, cette exposition le fait brillamment.

Edgard Maxence, La Légende bretonne, 1906
Edgard Maxence, La Légende bretonne, 1906

 

Illustration d’en-tête : James Tissot (dit), Jacques Joseph (1836 – 1905), Le Cercle de la Rue Royale, 1868

 

Informations pratiques :

 

Musée d’Orsay
1, rue de la Légion d’Honneur (Paris 7e)

Jusqu’au 22 février 2015
Du mardi au dimanche, de 9h30 à 18h
Nocturne le jeudi jusqu’à 21h45

Plein tarif : 11,00 euros / tarif réduit : 8,50 euros

 

Etudiante en histoire de l’art, je cultive Paris depuis que je l’habite, de façon permanente, depuis deux ans déjà. Je vous parlerai de ce que j’y vois, de ma sympathie pour les choses plus ou moins « culturellement identifiables ». Je passe plusieurs fois dans la semaine vérifier si Hippomène poursuit toujours Atalante, que jamais il ne rattrapera, tout figé dans le marbre qu’il est, cour Marly, au Louvre. Vous pouvez donc souvent me trouver dans les musées, en compagnie du SMV, nom de code du groupe « Un Soir, un Musée, un Verre », à Orsay, dans les galeries d’art, à la Fondation Cartier… Ou tout à fait ailleurs. Car « la vraie vie …»

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