L’art contemporain est souvent la cible de nombreuses critiques. Certaines œuvres sont qualifiées d’imposture, on prétend que des enfants pourraient les créer… Du grand n’importe quoi, donc ? A moins que l’on manque simplement de clés de lecture pour comprendre le sens de ces œuvres d’un genre nouveau.

Pour nous aider à percer les mystères de l’art contemporain, Julie Eude, passionnée par l’art et la médiation, a créé « L’art contemporien ? » : une page Facebook sur laquelle elle nous interpelle de façon amusante sur des œuvres avant de nous donner des éléments de compréhension. Un concept très intéressant qui nous a donné envie d’en savoir plus sur la genèse de ce projet. Julie nous dit tout !

 

Peux-tu te présenter ?

Je suis Julie Eude, une jeune parisienne de 22 ans, passionnée d’art et de culture, et aimant passer la majorité de mon temps libre dans les musées d’art contemporain.
Fraîchement diplômée d’un Master en production et financement de la Culture, j’ai également en poche une Licence en Histoire de l’Art et Archéologie. C’est par le biais de mes études que mon goût pour l’art s’est accentué, et par mes expériences que j’ai eu envie de transmettre ma passion et mes connaissances. J’ai fait plusieurs missions de médiation, telles que des visites guidées du Lasco Project au Palais de Tokyo par exemple. J’ai également réalisé des supports de médiation, c’est-à-dire que j’ai conçu en amont d’expositions les explications fournies au public. Il s’agissait d’une de mes missions favorites lorsque je travaillais au Grand Musée du Parfum. J’aime transmettre les connaissances au grand public, que ce soit de manière directe ou indirecte.

 

Tu es passionnée par l’art contemporain, d’où te vient ce goût ? Pourquoi l’art contemporain te plait-il davantage que des œuvres plus classiques ?

Depuis mon plus jeune âge, ma mère m’emmenait découvrir les musées parisiens. Bien qu’étant une petite fille curieuse de tout, les musées dits « classiques » m’embêtaient un peu ; visiter Cognacq-Jay avec un audioguide ne m’a pas laissé des souvenir très fun, alors que les musées d’art moderne et contemporain tels que le Centre Pompidou retenaient toute mon attention. Ce qui m’a le plus marqué, ce sont les couleurs vives des œuvres et leur aspect immersif et ludique. J’ai un souvenir très net du rhinocéros rouge de Xavier Veilhan qui était exposé à Beaubourg, quand je le voyais je n’avais qu’une envie : le toucher pour appréhender cette matière si lisse et si brillante dans une couleur rouge tellement intense. Avec les années et grâce à mes études en histoire de l’art, cet intérêt pour l’art contemporain s’est développé et les œuvres ne m’intéressaient plus seulement pour leurs couleurs mais pour leur concept et car je désirais connaître les motivations créatrices des artistes. Comprendre le message de l’artiste derrière deux objets assemblés ou un simple point noir sur une toile blanche, c’est ça qui me fascine.

Xavier Veilhan, Le Rhinocéros
Xavier Veilhan, Le Rhinocéros, 1999 – 2000. © Philippe Migeat – Centre Pompidou

 

Tu as lancé la page Facebook Art ContempoRien ? qui vise à rendre l’art contemporain plus accessible, peux-tu nous en parler ?

En effet Art ContempoRien ? est un projet de médiation sur l’art contemporain à destination du grand public que j’ai mis sur pied il y a trois mois maintenant. Ce projet a vu le jour suite à une remarque que je me suis faite : j’en avais marre d’entendre des personnes dire « J’aurai pu le faire moi-même » face à une œuvre contemporaine. J’ai décidé d’essayer de changer le regard de ces réfractaires à l’art contemporain et de leur donner les premières clefs de lecture des œuvres. L’angle choisi est l’humour au profit de la pédagogie, pour accrocher et intéresser le lecteur.

La page Facebook présente des reproductions d’œuvres d’art moderne ou contemporain. Chaque œuvre est confrontée à deux questionnements qui correspondraient à deux lectures de l’œuvre : l’une par une personne amateur d’art contemporain et l’autre par une personne étrangère à celui-ci.

Le lecteur choisit donc son explication et choisit d’accéder ou non à la compréhension de l’œuvre. Les publications sont accompagnées de commentaires explicatifs. Si le visuel permet d’accrocher l’attention du lecteur, le commentaire l’instruit et lui fournit les éléments de médiation. Le commentaire n’est pas exhaustif et n’aborde qu’un aspect de l’œuvre, le but étant de transmettre des connaissances en 30 secondes de lecture, pas plus, afin de ne pas perdre l’attention du lecteur. Mais même si le concept artistique n’intéresse pas le lecteur et qu’il ne lit pas ce commentaire, son œil s’habitue inconsciemment à voir de l’art contemporain grâce à une publication régulière tous les deux jours qui apparaît sur son fil d’actualité Facebook.

A l’heure actuelle le projet n’existe que sur la page Facebook, mais je n’ai qu’une envie c’est qu’il grandisse et touche un public plus large.

 

Quels sont tes projets pour la suite de ce projet ?

Je rêve grand pour ce projet, et j’ai beaucoup d’idées qui fusent ! En premier lieu, je voudrais capter le ressenti du public face aux œuvres contemporaines. Pour cela, je voudrais filmer les réactions des visiteurs dans les musées face aux œuvres mais aussi aller à la rencontre du public dans la rue et l’interviewer sur sa vision des œuvres d’art. Rencontrer directement le public lui laisserait une image plus forte et cela permettrait de créer un véritable dialogue avec les passants, qu’ils soient amateurs ou non d’art contemporain. Les réactions enregistrées seraient montées dans des vidéos de format court, confrontant la lecture de l’œuvre par ces personnes à celle d’un historien d’art, ainsi le format pédagogique et ludique serait conservé. Et pourquoi pas offrir, en partenariat avec un musée parisien, des tickets d’entrée pour une exposition d’art contemporain aux personnes interrogées dans l’espace public.

Je recherche également des fonds pour lancer une campagne d’affichage, c’est-à-dire décliner les visuels présents sur Facebook en affiches papiers et les placarder dans les rues de Paris. Mais pour que l’action soit plus intéressante je souhaite adapter les œuvres présentées à la localisation du collage : par exemple afficher dans le Marais des œuvres de Beaubourg et dans le XVIème des œuvres du Palais de Tokyo.

 

Quelle est ton œuvre contemporaine préférée que tu aurais envie de présenter aux lecteurs de Culturez-vous ?

Ernesto Neto, We stopped just here at the time
Ernesto Neto, We stopped just here at the time, 2002. © Georges Meguerditchian – Centre Pompidou

Je pense instinctivement à une œuvre de l’artiste brésilien Ernesto Neto. Il ne s’agit pas de mon œuvre « préférée » mais plutôt d’une œuvre que j’ai envie de faire découvrir. Nommée We stopped just here at the time, cette œuvre est une structure en nylon suspendue et remplie d’épices. Elle est donc visuelle, tactile et olfactive. En effet, le spectateur est amené à circuler dans l’installation, à la toucher et à humer ses parfums épicés.

Dans cette œuvre multisensorielle, le spectateur devient acteur en glissant ses mains dans des ouvertures par exemple. J’aime les œuvres immersives, vous l’aurez compris. Essayez d’imaginer : vous touchez cette matière Lycra et sentez des arômes de clou de girofle, de curcuma et de poivre….

J’affectionne particulièrement cette œuvre car elle fait appel à un sens que nous utilisons peu dans les musées : notre sens olfactif. Il s’agit pourtant d’un sens fondamental, et il est amusant de savoir qu’avant d’identifier une odeur notre cerveau l’associe d’abord à un souvenir, une émotion ou une personne. Il est donc incroyable de s’imaginer que face à cette œuvre olfactive chaque spectateur aura un ressenti personnel différent en fonction du souvenir réveillé en lui.

Cette œuvre est conservée au Centre Pompidou à Paris mais n’est pas présentée dans l’accrochage actuel. J’espère que les commissaires d’exposition choisiront de la présenter prochainement afin que vous puissiez la (re)découvrir. Cependant, Ernesto Neto a créé de nombreuses autres œuvres sur ce principe, comme We fishing the Time conservée à la Tate Modern à Londres, mais également des expositions in situ telles que Leviathan Thot, présentée en 2006 au Panthéon à Paris. Vous serez donc peut-être amenés à contempler son travail en un autre lieu.

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