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Cette année, l’Opéra Comique fête son tricentenaire avec un nouveau site réunissant 24.000 documents d’archives numérisés, et une très belle exposition pleine d’anecdotes croustillantes accueillie par le Petit Palais : « De Carmen à Mélisande. Drames à l’Opéra Comique ».

Agnès Terrier, dramaturge à l’Opéra Comique et commissaire de l’exposition, jette un regard attendri à un casque de petits cheveux blonds. Cette perruque a valeur de relique : Jean Périer, premier baryton à avoir incarné le Pelléas composé par Debussy en 1902, l’a portée sur les planches. Quand on sait que les chanteurs avaient l’habitude d’emporter avec eux les costumes et accessoires de scène après la dernière représentation, c’est une sorte de petit miracle qu’elle soit parvenue jusqu’aux visiteurs. A cela s’ajoute le grand incendie qui a dévasté la salle Favart et son contenu en 1887, mais aussi des directeurs peu scrupuleux, dont il se murmure que certains seraient partis avec le mobilier et les œuvres qui ornaient leur bureau en guise de souvenir. Des objets réapparaissent parfois, vestiges oubliés dans un grenier familial pendant plus d’un siècle, et rendus à l’Opéra Comique qui les retrouve avec joie.

 

Paul Thiriat Incendie de l’Opéra Comique
Paul Thiriat
Incendie de l’Opéra Comique, vue depuis les
toits
Gouache, 51,5 x 39,5 cm
© Musée Carnavalet / Roger-Viollet

 

Contrairement aux autres éléphants des arts de la scène parisiens, l’Opéra de Paris et la Comédie Française, l’Opéra Comique a toujours été trop petit pour accueillir un archiviste. Ses collections se sont donc dispersées aux quatre vents, et avec elles, des pans entiers de son histoire. Dans le meilleur des cas, elles ont été recueillies par d’autres institutions, comme la BnF, la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris, la Bibliothèque-musée de l’Opéra, ou le Centre National du Costume de Scène… mais beaucoup manquent à l’appel. On imagine donc la gageure que représente la réunion en un même lieu de partitions autographes, affiches, costumes, registres, peintures, dessins et autres manuscrits, qui sont autant d’indices de la vie de la salle Favart et surtout de ses coulisses entre 1870 et 1902.

 

Jean Béraud Les coulisses de l’Opéra
Jean Béraud
Les coulisses de l’Opéra, 1889
Huile sur bois, 38 x54 cm
© Musée Carnavalet / Roger-Viollet

 

Ces objets nous parlent de drames scéniques, mais surtout de passions humaines. On y lit l’écriture frénétique de Georges Bizet, qui corrigeait ses partitions à l’encre rouge pendant les répétitions, mais aussi celle du régisseur qui inscrivit sa mort dans les registres de l’opéra, à la date du 3 juin 1875. La veille, un télégramme de la chanteuse Célestine Gallimarié annonçait qu’un malaise profond l’empêchait de tenir le rôle-titre de Carmen. Elle interpréta finalement la Bohémienne ce soir-là, et prétendit qu’en tirant les cartes sur scène, elle y avait lu la mort du compositeur. En coulisses, les jalousies pour un rôle convoité succèdent aux querelles d’experts sur la vraisemblance d’un scénario ou l’audace d’une composition. L’amour de l’art fait faire des folies, les journalistes s’en délectent, et les perfidies sur le compte d’une soprane sont relatées avec autant de diligence que la bravoure des musiciens qui sauvèrent partitions et instruments au péril de leur vie, dans le grand incendie de 1887.

Tous les opéras ont donc bien leurs fantômes. Ceux de l’Opéra Comique sont dévoilés par une scénographie discrète mais efficace, inspirée des entrailles de l’édifice tricentenaire. A découvrir au Petit Palais jusqu’au 28 juin, et place Boieldieu, au rythme de la programmation.

 

A lire également :

 

• L’Opéra Comique et ses trésors, une exposition à voir au Centre National du Costume de Scène jusqu’au 25 mai
• L’Opéra Comique dévoile ses secrets

 

Informations pratiques :

 

Petit Palais – Musée des Beaux-arts de la Ville de Paris
Avenue Winston Churchill (Paris 8e)

Jusqu’au 28 juin 2015
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
Nocturne le vendredi jusqu’à 21h

Plein tarif : 8 euros
Tarif réduit : 6 euros
Gratuit jusqu’à 17 ans inclus

 

Passionnée par l'histoire de l'art et l'économie de la culture, en résulte un faible pour les artistes maudits et les artistes rentables. J'aime les musées comme autant de résidences secondaires dont je me propose de vous faire découvrir ici quelques pièces. Pour le reste, je moissonne le champ des possibles.

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