Alors que le cours de la Bourse fait grise mine, emporté par la crise du Coronavirus, revenons sur la première bulle spéculative de l’histoire financière : elle date de 1637 et elle est due… à la tulipe !

Comment le commerce de la tulipe a donné lieu au premier krach financier ? Zoom sur la crise de la tulipe ou Tulipomanie, l’histoire insolite d’un bulbe qui a conduit à la ruine de nombreux investisseurs néerlandais…

Début du XVIIe siècle : la tulipe devient signe de richesse

Dès la fin du XVIe siècle le nord de l’Europe, et notamment les Pays-Bas, se passionne pour l’horticulture et le jardinage : on cultive de nombreuses variétés de fleurs et des centaines de nouvelles espèces sont importées : la jacinthe, le jasmin, le lilas, l’anémone ou encore la tulipe font leur apparition.

Cette dernière est apparue à Constantinople avant de se développer en Europe. La tulipe arrive aux Pays-Bas vers 1590 notamment grâce à Charles de l’Ecluse, professeur de botanique qui en fait planter quelques bulbes dans le jardin botanique de l’université de Leyde. Si dans un premier temps ces nouvelles fleurs ne suscitent la fascination que des botanistes et de quelques amateurs, on observe rapidement un fort engouement de la population à tel point que des voleurs s’introduisent dans le jardin botanique pour en voler quelques plants…

Au début du XVIIe siècle, les bourgeois font planter des tulipes dans leurs jardins privés : la fleur devient un symbole de richesse !

Anonyme, La vente des oignons de tulipe, XVIIe siècle. Huile sur bois. Musée des beaux-arts de Rennes.

Le début de la spéculation

De nombreux livres illustrés présentant différentes variétés de tulipes et leurs prix sont imprimés ; plusieurs peintres commencent à les représenter, sous toutes leurs formes et toutes leurs couleurs. Bref : la tulipe devient un article de plus en plus convoité.  

Seulement voilà, il faut entre 7 à 12 années pour qu’une graine produise un bulbe capable de fleurir et les variétés les plus recherchées sont celles aux motifs marbrés multicolores, une teinte provoquée – on le sait maintenant – par un virus qui ralenti encore plus le développement de la plante ce qui la rend encore plus chère.

Autre inconvénient : ce n’est qu’entre juin et septembre que le bulbe peut être déraciné et replanté si bien que les ventes au comptant ne sont possibles que pendant cette période. Le reste de l’année, les bulbes sont négociés devant un notaire pour un achat à la fin de la saison, c’est la naissance d’un marché à terme.

6 février 1937 : l’effondrement des cours 

Variété Semper augustus, dessin du XVIIe siècle

En 1934, la demande venue de France favorise la hausse des prix et des spéculateurs se positionnent sur le marché. Le prix des bulbes explose : + 5 900 % entre 1934 et 1937 ! A l’hiver 1937 les bulbes changent jusqu’à 10 fois de propriétaire sur la même journée et la variété la plus chère, la Semper Augustus, atteint le prix exorbitant de 6 700 florins soit la valeur de deux maisons, huit fois celui d’un veau, quinze fois le salaire annuel d’un artisan !

Puisque les transactions ne portent plus sur des bulbes existants mais sur des bulbes à venir, cette spéculation est qualifiée de Windhandel, “commerce du vent” et le 6 février 1637 tout s’écroule : les prix s’effondrent brutalement. Cette frayeur soudaine est probablement apparue suite à une épidémie de peste bubonique qui ravageait la ville d’Haarlem où se déroulaient les échanges, développant un esprit de fatalisme.


Moralité : comme disait ce cher Jacques, il faut mieux acheter des bonbons parce que les fleurs c’est périssable, puis les bonbons c’est tellement bon bien qu’les fleurs soient plus présentables 😉


Vous avez aimé cet article ? Épinglez-le sur Pinterest !

Illustration d’en-tête : stock photo de momo sama / Shutterstock

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.