Wolf Girl, Kiki Smith (1999)

On parle des femmes à barbe, parfois, comme de lointains animaux exotiques… Il y eut celles du XIXe siècle, les « Madame Clémentine Delait », qui tenaient commerce dans les Vosges. Celles-ci restent suffisamment enracinées dans le passé pour éloigner les craintes fantasmatiques. Elles n’étaient pas vraiment des femmes, encore moins des hommes. Animaux de cirque, aujourd’hui on les range poliment dans la case « hirsutisme ».

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Kiki Smith, Wolf Girl, 1999, eau-forte, 50.8 x 40.6 cm, New York, The Metropolitan Museum of Art.

Il y a plus sauvage pourtant que ces femmes toutes poilues, épinglées en cartes postales sépia, avec en bas, indiqué le nom du village où on pouvait leur rendre visite, et c’est ce que l’on se dit en voyant la « Fille-Loup » de Kiki Smith. Grande artiste contemporaine au nom léger, presqu’anodin, Mrs Smith, native de Nuremberg, saisit nos peurs du bout de son crayon… Ou par la force de sa sculpture, comme avec ses nombreuses marionnettes et enfants géants, repliés sur eux-mêmes, baignant encore dans le sang maternel (comme dans ses Blood Pool des années 1990), – des enfants arrachés à la chaleur prénatale, jetés en plein milieu d’un musée, pour nous faire savoir qu’il y a encore des cœurs révulsés. L’artiste nous parle sans ménagement de ce qui est barbare dans notre humanité. De nos peurs indomptables, de ce qui est là, et de ce que l’on voudrait caché. Seulement l’art, par sa magie opérante, déchire le voile des illusions.

La « Fille-Loup » vous fixe. Le regard clair, hypnotique, elle est là pour vous parler de ce que vous craignez. Et si vous ne vouliez pas la voir, l’enfant qui ne deviendra pas une femme, c’est une adulte, une artiste expérimentée, une femme aux longs cheveux ondulés, au teint glabre, aux traits parfaitement féminins, qui l’a dessinée et, à travers elle, vous regarde. Une enfant vous sourit de toutes ses dents.

Kiki Smith

Kiki Smith

Bénédicte

Etudiante en histoire de l’art, je cultive Paris depuis que je l’habite, de façon permanente, depuis deux ans déjà. Je vous parlerai de ce que j’y vois, de ma sympathie pour les choses plus ou moins « culturellement identifiables ». Je passe plusieurs fois dans la semaine vérifier si Hippomène poursuit toujours Atalante, que jamais il ne rattrapera, tout figé dans le marbre qu’il est, cour Marly, au Louvre. Vous pouvez donc souvent me trouver dans les musées, en compagnie du SMV, nom de code du groupe « Un Soir, un Musée, un Verre », à Orsay, dans les galeries d’art, à la Fondation Cartier… Ou tout à fait ailleurs. Car « la vraie vie …»

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