Jean-Baptiste Gendarme – Un éclat minuscule

Stéphane et Clémence ont tout juste 30 ans et un éclat, minuscule, vient de se produire. Cet éclat minuscule, ce sont ces quelques secondes où une voiture les renverse et modifie le cours de leur vie. Clémence respire, inanimée, dans les bras de Stéphane totalement dépassé par ce qui vient de se produire. L’attente des secours est longue et les minutes s’écoulent lentement.

On sent qu’un drame est en train de se passer. Pendant cette lecture, le temps semble s’arrêter, l’ambiance est pesante et inquiétante, amplifiée par le calme surprenant de Stéphane. Tout au long de cette attente interminable de l’arrivée des secours, Stéphane songe à sa vie et des moments clefs lui reviennent à l’esprit : sa rencontre avec Clémence, la naissance de leur fils Romain, la mort prématurée de sa mère… On y découvre un homme sensible, qui a toujours vécu dans la crainte de perdre sa femme et on imagine douloureusement ce que va devenir sa vie si Clémence ne s’en sort pas.

C’est un livre que j’ai trouvé très touchant. Cet éclat minuscule arrive tous les jours, il pourrait nous arriver, à nous, et c’est probablement ce qui provoque cette émotion quand on se plonge dans cette lecture. Jean-Baptiste Gendarme arrive à nous faire spectateur de la scène. On aimerait être sur place, pouvoir faire quelque chose, sortir Stéphane de sa torpeur mais, comme tout les autres témoins de ce drame on reste dans l’impossibilité d’agir, avec nul autre choix que celui de vivre ce temps suspendu, attendre et espérer…

Quatrième de couverture :

Ils venaient d’avoir trente ans. Ça leur était tombé dessus sans crier gare. Ils s’aimaient, ils avaient un fils de vingt mois qui leur ferait bientôt sentir qu’ils étaient trop vieux pour le comprendre. Leur situation professionnelle était plus qu’incertaine – mais souvent enviée. Ils avaient des projets de voyages, un plan d’épargne logement comme les gens raisonnables – alimenté très irrégulièrement parce qu’ils n’étaient pas vraiment des gens raisonnables. Ils avaient, croyaient-ils, l’avenir devant eux.

Extrait :

Des images se succédaient au hasard. Il les laissait filer, sans se soucier des questions de montage ou de cohérence. Il énuméra. Des têtes tournées dans sa direction, un amas de visages, de doigts tendus. Un zigzag noir sur le macadam, l’odeur du caoutchouc… le souvenir d’un choc se précisait. Le moteur vrombissant, la voiture qui déboulait à pleine vitesse. Il la revoyait, de même qu’il voyait les gens courir vers lui, l’apostropher. Ça va, dit-il, ça va, il se rendit compte qu’il parlait tout bas, qu’on ne le comprenait pas, il essaya une autre langue, fit un geste. OK, ajouta-t-il, la main sur le bras. I’m OK. Mais on ne faisait déjà plus attention à lui. On se détournait plus loin vers ce corps recroquevillé sur le sol, à quinze mètres de là. Un homme venait de tourner en position latérale de sécurité, usant de ses mains, de ses bras robustes, ne craignant pas l’effort, enlaçant ce corps que Stéphane devinait être celui de Clémence. Et qu’il reconnut comme étant bien le sien à mesure qu’il s’approchait et que son trouble se dissipait.

Note : 

A lire également, l’avis de Nicole Volle

Et vous, vous l’avez lu ? Qu’en avez-vous pensé ?

2012 – 114 pages – ISBN : 978-2-07-013635-3
Jean-Baptiste Gendarme (1944) – Français

Antoine Vitek

Jeune trentenaire et vieux blogueur. Fondateur de Culturez-vous et organisateur de l’association "Un Soir, un Musée, un Verre". Flâneur professionnel et éternel curieux.

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