La Clef de Gaïa, un spectacle réjouissant

la_clef_de_gai776aauteur2En forme de conte musical, La Clef de Gaïa invite à partager les rêveries d’une jeune femme, Lina Lamara, qui joue son propre rôle. Compositrice, scénariste et interprète, elle se met en scène dans une auto-fiction à la fois jouée et chantée. C’est cependant sa relation avec sa grand-mère algérienne, Mouima, qui donne tout le sel de cette pièce originale.

Mouima est en réalité le personnage central de la pièce. Mouima parle arabe et connaît les histoires du passé, elle raconte sa vie et ses déchirures, lègue ses connaissances et raconte moult anecdotes du quotidien, toujours drôles, parfois cruelles. Dépositaire de la mémoire de la famille de Lina, en même temps qu’elle en est le ciment, la grand-mère façonne le regard de la jeune fille sur le monde. Elle lui apprend par exemple que Juifs et Musulmans s’entraidaient avant que l’Algérie soit colonisée, que les femmes se jouaient des hommes de bien des façons, ou encore que certaines amours improbables voyaient malgré tout le jour…

Accompagnée d’un guitariste et d’un conteur, Lina Lamara joue trois rôles, qui se superposent : celui de la petite fille qu’elle a été, de la jeune femme qu’elle devient et enfin, se met avec brio dans la peau de sa grand-mère. Cette performance  lui permet de raconter avec une grande sensibilité ce que c’est que d’être une femme arabe. Elle partage avec son public cet héritage et ce vécu, en toute liberté, avec une aisance assumée. Cela donne une réelle bouffée d’air frais en ces temps frileux où les questions de religions et de cultures passent au crible de la xénophobie ou du climat anxiogène ambiants !

LaClefdeGaia-v2_-_copie-1426416078Ce spectacle est donc aussi l’occasion d’aborder les différences culturelles. Mais de manière vivante et personnelle, loin de tout discours trop générique ou dogmatique, comme lorsque la comédienne nous raconte ce que c’est que d’être algérienne avant la guerre, du temps de Mouima, puis en France. Affrontant les questions du racisme et de la violence coloniale, le spectacle joue sur plusieurs niveaux de différentes armes : de l’humour dans les dialogues ou du lyrisme par la voix du conteur. Ce dernier est en réalité le vecteur d’une autre temporalité à l’intérieur même du spectacle. Il est l’expression d’une vérité plus souterraine, de l’ordre de l’intime et de l’universel à la fois. Ses interventions qui ponctuent la pièce à l’égal des chansons sont le reflet de l’âme de la jeune fille, les non-dits du récit de Mouima, éclats de fragilité… A coup sûr, il touche la corde sensible des spectateurs. Il permet de faire ressurgir, derrière la légèreté de la vie ordinaire, la douleur de l’exil, la violence des colonisateurs, les blessures et donne ainsi une profondeur inattendue à ce spectacle.

D’une grande générosité, la comédienne Lina Lamara porte littéralement sur ses épaules ce conte drôlatique et mystique. Egalement chanteuse soul, scénariste et co-metteuse en scène pour La Clef de Gaïa, elle nous livre ses émotions avec beaucoup de vivacité, animée d’une joie salutaire et communicative : le spectacle vivant permet ce genre de miracle où la communion autour de l’intime, du vivant fait des peurs, des peines et des victoires de quelques-uns l’affaire de tous.

Ce spectacle déjà présenté à Avignon l’été passé, et programmé la saison dernière à la Manufacture des Abbesses est à ne pas manquer !

Informations pratiques :

Au Studio Hébertot

78 bis, bd des Batignolles

A partir du 6 février 2016
Le samedi à 17h et le dimanche à 19h.

Au festival d’Avignon

Les 3 Soleils

4, rue Buffon

84 000 Avignon

Du 22 juillet au 30 juillet 2016 à 15h10 (relâche le 26).

 

Bénédicte

Etudiante en histoire de l’art, je cultive Paris depuis que je l’habite, de façon permanente, depuis deux ans déjà. Je vous parlerai de ce que j’y vois, de ma sympathie pour les choses plus ou moins « culturellement identifiables ». Je passe plusieurs fois dans la semaine vérifier si Hippomène poursuit toujours Atalante, que jamais il ne rattrapera, tout figé dans le marbre qu’il est, cour Marly, au Louvre. Vous pouvez donc souvent me trouver dans les musées, en compagnie du SMV, nom de code du groupe « Un Soir, un Musée, un Verre », à Orsay, dans les galeries d’art, à la Fondation Cartier… Ou tout à fait ailleurs. Car « la vraie vie …»

Vous pourriez aussi aimer...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Abonnez-vous à notre Newsletter

Chaque mois, recevez le meilleur de Culturez-vous dans votre boite mail !

Merci ! Consultez votre boite mail pour valider votre inscription.