Voici un tableau qui attire le regard en cette période d’épidémie ! En 1657, dans une toile intitulée Sainte Françoise Romaine annonçant à Rome la fin de la peste, le peintre Nicolas Poussin célébrait la fin du fléau. Zoom sur son histoire.

La grande peste de 1656 en Italie

Médecin de la peste
Le médecin de la peste, eau-forte de Paulus Fürst 1656

En 1656 une partie de l’Italie – et plus particulièrement le royaume de Naples – fut dévastée par une violente épidémie de peste : sur les 450 000 habitants de Naples, 250 000 succombèrent à la maladie, soit un taux de mortalité de 50 à 60 % de la population ! Peu de temps après, la ville de Rome subit à son tour l’épidémie, contaminée par un marin napolitain qui logea dans les environs. Ici, le taux de mortalité avoisina les 27 %.

Face à ce terrible fléau, la population de Rome s’en remet à la sainte Françoise Romaine (1384-1440) à qui l’on attribua de nombreuses guérisons. Si bien que lorsque l’épidémie commence à décliner en 1657, le cardinal Giulio Rospigliosi, futur pape Clément IX, commande à Nicolas Poussin un tableau en hommage à la sainte.

Nicolas Poussin, Sainte Françoise Romaine annonçant à Rome la fin de la peste
Sainte Françoise Romaine annonçant à Rome la fin de la peste, Nicolas Poussin, 1657

Le tableau de Nicolas Poussin

Nicolas Poussin a construit sa toile autour d’une diagonale. En bas à droite, la ville de Rome est incarnée par une femme agenouillée qui prie Sainte Françoise Romaine de mettre fin au fléau.

La Sainte occupe bien sûr la plus grande partie de la scène, elle se présente en tenant dans les mains les dernières flèches, brisées, que la peste avait dans son carquois et signifiant que la maladie a été vaincue.

La peste, quant à elle, a été personnifiée sous les traits glaçants d’un personnage cadavérique effrayant avec des serpents dans les cheveux, qui s’enfuit pourchassé par un archange venu assister la sainte. Il emporte avec lui ses deux dernières victimes : l’une qu’il porte sur son épaule et l’autre qu’il traîne par le bras.

Quant à la femme qui gît à gauche de la scène, il s’agit d’une troisième victime, reprenant la posture de Sainte Cécile de Rome.

Une toile qui a failli disparaître

A la mort du cardinal Giulio Rospigliosi, le tableau de Poussin fut transmis à ses descendants mais à la fin du XVIIIe siècle, l’oeuvre disparaît. On en garde seulement le souvenir grâce à deux gravures. Ce n’est qu’en 1998, au moment où la toile réapparaît sur le marché de l’art, que des experts l’identifient et parviennent à retracer son étonnant parcours !

En 1798, le traité de Tolentino impose à plusieurs familles romaines de se séparer d’une partie de leur patrimoine artistique, obligeant les propriétaires de la toile de s’en défaire. Plus tard, elle entre dans la collection de Alexis Le Go, secrétaire de l’Académie de France à Rome qui l’emporte dans sa résidence du sud de la France. L’oeuvre passe ensuite d’hériter en hériter, et perd son identité avec le temps. A la fin du XXe siècle, son propriétaire ne le voit plus que comme un « nid à poussière » et décide de s’en séparer. Il le confie aux mains d’un expert qui reconnaît alors qu’il s’agit de la toile perdue de Nicolas Poussin.

Le musée du Louvre, par l’intermédiaire de la Société des Amis du Louvre, s’en porte acquéreur en 1999 pour 45 millions d’euros. Désormais restaurée, la toile est visible dans le département des peintures de l’aile Richelieu (2e étage).

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