Non-loin de Paris, à Chambourcy, un jardin pas vraiment comme les autres mérite d’être découvert. Le Désert de Retz, témoin du siècle des Lumières, est un lieu chargé d’histoire(s) autant qu’une invitation à la contemplation. Pourquoi porte-t-il ce nom ? Quelle est son histoire ? Et que peut-on y voir ? Partons à la découverte de ce lieu insolite !

Un désert aux portes de Paris ?

Le Désert de Retz est un jardin façonné à la fin du XVIII siècle par François-Nicolas-Henri Racine de Monville. Rien à voir donc avec les vastes zones arides que peuvent évoquer le mot “désert”. Mais alors pourquoi un tel nom ?

Au XVIIe siècle, un désert était aussi considéré comme un lieu isolé, propice à cultiver le rêve et la nostalgie. C’est donc ainsi que François-Nicolas-Henri Racine de Monville nomma son jardin, évoquant un endroit pour se retirer et recevoir.

L’histoire du Désert de Retz

François-Nicolas-Henri Racine de Monville naît en 1734. Orphelin très tôt, il est élevé par son grand-père qui lui transmet le goût de la connaissance et de la curiosité et qui lui lègue une immense fortune. Passionné de botanique, il achète entre 1774 et 1786 des propriétés aux alentours du village de Retz situé aux portes de la forêt de Marly et constitue ainsi un domaine de 38 hectares.

C’est sur ce domaine qu’il crée son jardin en se détournant des lignes droites des jardins à la française au profit de lignes sinueuses. Il y plante des arbres rares en commandant plusieurs milliers de pieds auprès des pépinières royales. Ca et là, il fait construire une vingtaine de “fabriques”, des constructions ornementales qui viennent ponctuer le parcours du promeneur.

Dans ce décor onirique, François-Nicolas-Henri Racine de Monville accueille des visiteurs de renom : Marie-Antoinette, Elisabeth Vigée Le Brun, Madame du Barry, Gustave III de Suède, le Duc de Chartres ou encore Thomas Jefferson.

Désert de Retz
Le désert de Retz au début du XXe siècle, carte postale

Le Désert de Retz après François-Nicolas-Henri Racine de Monville

Si le Désert de Retz est l’un des rares jardins de ce genre à subsister dans une forme proche de sa conception d’origine, il a cependant été malmené par le temps et par les hommes.

A la Révolution, François-Nicolas-Henri Racine de Monville doit vendre le Désert qui passe alors de mains en mains jusqu’à être acheté par Frédéric Passy, premier prix Nobel de la paix. La famille Passy sera passionnée par ces lieux qu’elle va entretenir pendant 80 ans. Les propriétaires suivants n’auront malheureusement pas autant d’égard pour le Désert qui tombe peu à peu à l’abandon, à tel point qu’André Malraux cite son état dramatique dans son discours de 1966 devant l’Assemblée Nationale pour évoquer le projet de loi de sauvetage des monuments historiques :

“Je vous rappelle, mesdames, messieurs, que le désert de Retz où se trouvent, avec la pagode de Chanteloup, les vestiges les plus importants d’Europe de monuments chinois du XVIIIe siècle, est la propriété d’un marchand forestier qui les laisse tomber non pas en ruines, mais en poussière, alors que le Gouvernement est totalement désarmé et que le désert de Retz est le seul lieu en Europe où existent de telles œuvres.”

Par la suite, quelques premiers travaux de sauvetage ont lieu notamment grâce au mécénat privé. La renaissance du Désert de Retz a vraiment lieu en 2007 lorsque la commune de Chambourcy en devient propriétaire en vue de le restaurer et de l’ouvrir au public.

Le Désert de Retz aujourd’hui

Du jardin conçu par François-Nicolas-Henri Racine de Monville, il ne nous reste aujourd’hui que quelques bribes : le domaine ne s’étend plus que sur 17 hectares (vs les 40 d’origine), et il ne subsiste qu’une dizaine de fabriques sur la vingtaine que l’on pouvait voir à l’époque.

Pour autant, les vestiges du Désert de Retz sont une véritable merveille. Ce qui attire l’œil c’est surtout la Colonne détruite, une fausse ruine à la forme d’une immense colonne qui servait de maison principale à François-Nicolas-Henri Racine de Monville. A l’intérieur, un long escalier central à spirale permet d’accéder aux différents étages. A l’origine, l’intérieur était orné de miroirs qui reflétaient la végétation extérieure.

Parmi les autres fabriques encore visibles, le Temple au dieu Pan évoque la grèce classique. A l’origine, ce temple était carrelé de marbre et servait de salon de musique. Autre témoin de l’ambiance festive qui régnait à Retz, le théâtre de plein air.

Désert de Retz à Chambourcy, Temple du dieu Pan

A voir également, la glacière en forme de pyramide et profonde de 6 mètres où l’on entreposait des blocs de glace en hiver pour les réutiliser pendant l’été afin de rafraîchir les boissons ou réaliser des sorbets.

Désert de Retz, la glacière

L’église gothique est la seule ruine authentique du domaine. Elle avait été créée dès le XIIIe siècle sur le hameau de Saint Jacques de Retz.

Désert de Retz, ruines de l'église

Enfin, la tente tartare située sur l’île du Bonheur et reconstruite en 1989 est une tente en tôle qui servait de salle d’armes.

Visiter le désert de Retz

Aujourd’hui encore, le Désert de Retz est un trésor fragile, exposé aux aléas du climat et de la végétation, qui demande donc beaucoup d’entretien. Mais comme le disait si bien Colette :

“Encore un peu de temps et le désert de Retz ne sera plus qu’un poème à l’image d’une époque mais n’est ce pas déjà beau que d’une époque on sauve un poème?”


Informations pratiques

Adresse :
Allée Frédéric Passy
78240 Chambourcy

Horaires :
Tous les samedis d’avril à octobre, de 14h à 18h, dernière entrée à 16h
Visites guidées à 14h30 sur réservation

Site internet :
http://www.ledesertderetz.fr/

Tarifs :
Adulte : 10 €
8-17 ans : 6 €
Gratuit pour les moins de 8 ans
Visite guidée : 14 €

Billetterie en ligne :
https://reservation.seine-saintgermain.fr/

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L'histoire du Désert de Retz de Chambourcy

Article réalisé en collaboration avec l’Office de Tourisme Saint-Germain Boucles de Seine

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Comments to: L’insolite Désert de Retz, le jardin des Lumières
  • 9 avril 2021

    Article très bien fait comme quelques autres de Cultura…cela eveille la curiosité, l envie de mieux connaître certains trésors méconnus!

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