Vous n’êtes pas obligé de me croire, mais je ne vous dirais pas le contraire : le Moyen Âge est résolument à la mode ces derniers mois, entre les découvertes archéologiques mises en valeur par l’INRAP et les unités archéologiques dans les régions qui font la une des médias ou les expositions pour petits et grands comme celle de la cité des Sciences et de l’Industrie de la porte de la Villette. Le Musée national du Moyen Âge était donc légitime pour proposer une exposition de qualité dont les conservateurs de Cluny, Isabelle Bardiès-Fronty, Charlotte Denoël et Inès Villela-Petit ont le secret. Une exposition qui a ouvert ses portes en octobre dernier – on aurait pu vous en parler plus tôt… – et que l’on vous engage vivement à voir avant sa fermeture à la mi-février. Quinze jours pour profiter de ce lieu toujours emblématique, (re)découvrir l’histoire des (brillants) rois mérovingiens, mais surtout profiter du patrimoine lié aux arts et à la culture de cette période longtemps dénigrée par les historiens des siècles passés.

Détail du trône dit de Dagobert
Détail du trône dit de Dagobert, fin du VIIIe-IXe siècle ? – alliage cuivreux fondu et gravé, fer et nombreux restes de dorure, inv. 55651, Bibliothèque nationale de France © Photo d’Emma-Jane Browne, DR.

De la bataille des champs catalauniques (451) à la fin de règne du dernier roi mérovingien Mérovée (751), Cluny a su explorer ce temps médiéval, loin de l’image de la barbarie longtemps colportée par les livres d’histoire, et rassembler des pièces exceptionnelles – comme le célèbre trône dit de Dagobert ou les vestiges du trésor de la tombe du roi Childéric. Plus de cent cinquante pièces – dont beaucoup de manuscrits enluminés, et des diplômes rarissimes des rois francs – sont présentées, grâce à un partenariat engagé avec la Bibliothèque nationale de France. Les soutiens ont été forts en France et en Europe, plus d’une trentaine de musées et institutions ayant participé à la réalisation de ce projet. Sans les citer tous, les principales œuvres prêtées proviennent des Musées royaux d’Art et d’histoire de Bruxelles, du Germanisches Nationalmuseum de Nuremberg, de la Vaticane, des Archives nationales de France, du Musée Granet d’Aix-en-Provence, du Musée d’archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye ou encore du British Museum, mais aussi de musées plus modestes, comme le musée jurassien d’art de Delémont en Suisse ou le Musée Alfred-Bonno de Chelles en Seine-et-Marne – qui possède une collection exceptionnelle de tissus mérovingiens ayant appartenu à la reine Bathilde (v.630-680), épouse de Clovis II.

Calice et patène eucharistiques de Gourdon
Calice et patène eucharistiques de Gourdon, royaume burgonde, 2e moitié du Ve siècle – or, grenats almandins (patène) et pyraldins (calice), inv. 5696 et 5697, Bibliothèque nationale de France © Photo d’Emma-Jane Browne, DR.

Articulée sur un parcours chrono-thématique, l’exposition s’ouvre sur une introduction rappelant les liens entre Antiquité et Moyen Âge, avant d’aborder la notion de pouvoir et ses témoignages, de Childéric à Mérovée, l’importance et l’influence du christianisme dans la création artistique de la période – avec l’omniprésence de la croix – mais également les pratiques funéraires de l’époque, au travers de la liturgie et des épitaphes. Un focus particulier sur les Écritures – auxquelles nous sommes sensibles – prépare le visiteur au sujet principal de cette exposition, avec un retour nécessaire sur les ateliers de copistes et leur production parfois ludique quand le scribe joue avec les lettres. Les « splendeurs mérovingiennes » sont au cœur du lieu, privilégiant la technique et le motif et mettant en scène l’art de l’ivoire, l’utilisation de la couleur dans les manuscrits, mais aussi les travaux sur le verre, l’orfèvrerie ou encore la ferronnerie. Une mise à mort sans appel de l’image de « l’art des âges obscurs ». L’exposition se conclue sur une ouverture vers la période carolingienne, temps de renouveau politique et de réforme religieuse, avec l’adoption de la liturgie romaine et la production de nouveaux livres. Difficile de présenter en quelques lignes un tel ensemble, riche et inédit, dans une même exposition.

Saint Augustin, Questions et locutions sur l’Heptateuque (livres I-IV)
Saint Augustin, Questions et locutions sur l’Heptateuque (livres I-IV), Laon, 2e moitié du VIIIe siècle – parchemin, ms latin 12168, Bibliothèque nationale de France © Photo d’Emma-Jane Browne, DR.

Pour le souvenir commun, on peut retenir le corpus en ligne rassemblé et réalisé par Gallica – partie prenante en raison de nombreux objets exposés provenant du Département des monnaies et médailles ou des manuscrits de la Bibliothèque nationale de France. Le catalogue d’exposition édité par la Réunion des musées nationaux (39,00 euros à la boutique du Musée) est aussi à conseiller – à offrir ou à s’offrir – ; un ouvrage de belle facture et très bien réalisé, enrichi par la participation actives d’historiens médiévistes incontournables sur la période tels Bruno Dumézil, Anne-Marie Helvétius ou par une tentative d’essai de définition de l’art mérovingien, essai réussi et transformé dans une remarquable et efficace synthèse. 288 pages d’histoire, de références et de photographies qui se lisent avec plaisir et laissent une trace intelligente d’une exposition originale et émouvante sur les temps mérovingiens. Un grand merci à Cluny pour cette brillante pastille mérovingienne dans le Moyen Âge renouvelé de ces derniers mois.

Fibule circulaire, Lorraine VIIe siècle
Fibule circulaire, Lorraine VIIe siècle – bronze, grenat, or, argent et verre, inv. 32644, Musée d’archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye © Photo d’Emma-Jane Browne, DR.

 

Informations pratiques

« Les temps mérovingiens. Trois siècles d’art et de culture (451-751) »
Exposition du Musée de Cluny – Musée national du Moyen Âge
26 octobre 2016 – 13 février 2017

Tous les jours, sauf le mardi, de 9h15 à 17h45

Tarif plein : 9 €, tarif réduit : 7 €, incluant les collections permanentes
Gratuit pour les moins de 26 ans et pour tous les publics le premier dimanche du mois.

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Médiéviste de formation, proche de l’histoire des grands conflits mondiaux, de l’aéronautique - et de l’aéropostale en particulier. co-créateur de l’association "Un Soir, un Musée, un Verre". je dors peu, je lis beaucoup, et j’écris énormément. Une de mes rares facilités. Avec la recette de la truffade auvergnate et les citations latines utilisées à bon escient.

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