Souvenirs de Marnie – Hiromasa Yonebaishi

En 2014, les derniers films des fondateurs du studio Ghibli, Miyazaki et Takahata, sortaient sur les écrans français. Avec Le vent se lève Miyazaki signait un film testament loin du merveilleux qui le caractérisait et annonçait sa retraite. Takahata de son côté avec Princesse Kaguya, nous livrait une fable aux allures d’estampes japonaises, véritable oeuvre d’art visuelle qui n’avait pourtant pas suffit à remettre le studio à flot face à la concurrence des productions hollywoodiennes. La pause du studio Ghibli annoncée, il ne nous restait plus qu’à voir un dernier film, Souvenirs de Marnie, qui devait sortir en France en janvier. Ultime film du studio, sans Miyasaki ni Takahata, il devait porter en lui l’héritage de Ghibli et la promesse d’une renaissance prochaine du studio. Le studio peut-il donc continuer sans les grands maîtres, quel avenir se prépare pour l’animation japonaise ? Verdict après avoir vu Souvenirs de Marnie : oui le studio peut et doit continuer, quant à l’animation japonaise la relève est bien assurée avec Hiromasa Yonebaishi qui a d’ailleurs travaillé sur les plus grands films du maître Miyazaki : Chihiro, Monoke et Ponyo, mais il faut aussi compter en dehors du studio Ghibli sur le génial Mamoru Hosada auteur des Enfants loups, qui se rapproche par certains côtés de Yonebaishi.

Avant de se pencher sur Yonebaishi et Hosada où de s’interroger sur l’avenir de Ghibli, il importe de vous présenter le film. C’est l’histoire d’Anna, une jeune fille qui nous apparaît timide et renfermée, on devine en elle une lutte qui la porte à se détester elle et ses proches. C’est aussi une enfant malade qui doit quitter la grande ville pour un meilleur climat qui viendrait soigner son asthme. Nous cheminons donc avec Anna et son carnet de dessin. Dès son arrivée chez son oncle et sa tante, la maison qu’elle voit au loin l’intrigue comme un lieu qu’elle connaît déjà, viennent ensuite les rêves qui mettent en scène la demeure et une jeune fille blonde qu’elle va rencontrer après s’être aventurée du côté de cette étrange maison. Dès lors on sait que ce village n’est pas anodin, que cette jeune fille blonde prénommée Marnie n’est pas comme les autres, qu’elle attendait Anna, comme elle le lui dit lors de leur rencontre. Entre rêve et réalité on ne sait qui est Marnie et, à l’image d’Anna, on la suit sans se poser de question, on sait que la réponse viendra et qu’elle sera bouleversante. Voilà pour l’histoire dont on ne peut dévoiler plus, le but étant d’éveiller votre curiosité et de vous laisser intacte toute la magie du film. A présent quelques mots sur le dessin et ses thèmes mais aussi sur un autre génie du cinéma japonais, Mamoru Hosada duquel Yonebaishi se rapproche par certains aspects et vient ainsi se détacher des studios.

Souvenirs de Marnie

Du côté du dessin on reste très proche de Mon voisin Totoro, Anna fait beaucoup penser à Satsuki venu elle aussi à la campagne mais avec sa famille et sa petite soeur. Alors que Mon voisin Totoro nous offre une fable merveilleuse avec un personnage tout droit sortie d’un conte d’enfant, Marnie fait appel aux peurs et aux chagrins d’enfance que vient apaiser l’amie rêvée, en ce sens Anna se rapproche du personnage de Chihiro qui se voit en proie à des monstres et verra son personnage évoluer au long du film. Les thèmes chers au studio Ghibli tel que l’amour de la nature, sont bien présents dans Souvenirs de Marnie, la jeune fille part à la campagne pour se soigner et certaines scènes se rapprochent de Mon voisin Totoro qui est lui un véritable hymne à la nature ; la cueillette de légumes avec la tante n’est ainsi pas sans rappeler celle de Mon voisin Totoro avec la voisine appelée grand-mère qui ouvre son verger aux petites filles et leur montre les bienfaits de la nature qu’elles vont croquer à pleines dents. La question des mythes et de la tradition, que l’on retrouve dans la plupart des Ghibli est aussi présente dans Souvenirs de Marnie. Elle culmine avec la participation à la fête traditionnelle qui n’est pas sans rappeler Princesse Kaguya chez qui cette tradition s’oppose cruellement à la vie simple de la campagne. Cependant Marnie, tout en s’inscrivant comme on le voit dans la tradition du studio Ghibli, semble apporter une nouvelle émotion, un nouveau parfum d’enfance peut être plus réaliste et plus sensible.

C’est ce sentiment qui le rapproche de Mamoru Hosada et de ses Enfants loups. Chez Hosada le merveilleux ne fait qu’un avec la réalité pour nous conter l’histoire d’une famille et de deux enfants très spéciaux, fruits de l’amour d’une jeune fille et d’un homme loup. Ces enfants, à la fois loups et humains, changent leur apparence au gré de leur humeur d’abord, mais grandir pour eux signifie aussi choisir un aspect plus qu’un autre, ne pas révéler ce que l’on est ou l’assumer pleinement au risque de perdre son humanité. Bien que les histoires de ces deux films soient bien différentes leur thème et le sentiment qui en ressort se recoupent. Le thème de l’enfance, lui aussi cher à Ghibli, se double ici de l’acceptation de soi et des autres, Anna lutte pour savoir qui elle est et d’où elle vient ; Ame et Yuki les enfants loups doivent pour leur part assumer une partie de leur être au dépend de l’autre. Ces déchirures plus intérieures donnent ainsi une profondeur nouvelle et des films plus réalistes, destinés à un public plus adulte qui a grandit avec le studio Ghibli à l’image de ses deux réalisateurs. On vient à rêver d’un nouveau formidable duo de réalisateurs Yonebaishi et Hosada venant prendre la relève de Miyasaki et Takahata pour nous émerveiller plus que jamais mais aussi nous émouvoir. En guise de conclusion nous allons guetter les prochains films de Hosada et espérer voir bientôt d’autres films de Yonebaishi, avec ou sans le studio Ghibli.

 

Mériam

un seul moteur la passion, passion pour le cinéma, passion pour le dessin et l’art en général, passion pour les musées forcément. Une passion que j’aime à partager en tout lieu et surtout chaque semaine dans les musées avec la joyeuse association un Soir un Musée un Verre, dont j’ai le bonheur de faire partie. Une telle passion ne pouvait trouver plus beau lieu que Paris pour être assouvie, parisienne de cœur, j’aime à arpenter les pavés de cette ville qui n’a pas fini de m’émerveiller.

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