Alexandre Soljenitsyne – Une journée d’Ivan Denissovitch

Résumé :

Choukhov purge une peine de dix ans dans un goulag où il est enfermé pour « trahison de la patrie », condamnation forcée car il a simplement été fait prisonnier par les allemands au cours de la seconde guerre. Ce livre retrace une journée dans la vie de ce prisonnier qui, comme beaucoup de ses camarades, a bien conscience que ces dix années se prolongeront bien au-delà. Entre moments de travaux forcés et moments où il faut lutter pour assurer sa survie, Soljenistyne dresse un témoignage des conditions de vie dans les goulags russes.


 

Avis :

Alexandre Soljenitsyne - Une journée d'Ivan DenissovitchCe genre de livre est assez terrifiant parce que ce qu’on y lit est terrible et que l’on sait que cela a existé.Car Soljenitsyne est passé par les goulags et même s’il ne s’agit pas d’une autobiographie, ce que vit Choukhov a bien été vécu dans les goulags.

On parle régulièrement des camps nazis, beaucoup moins des goulags russes, ce témoignage m’apparaît donc d’autant plus important. Je me souviens d’une phrase de Robert Antelme, qui revenant des camps avait dit « Quand on me parlera de charité chrétienne, je dirai Dachau ». Là c’est un peu pareil : s’il faut toujours surveiller ses arrières de peur qu’on vous vole le peu que vous avez, il y a dans cet univers une forte entraide qui se met en place. Le style quant à lui est assez étrange, pas très soutenu mais c’est, je l’imagine, fait exprès : Choukhov est un personnage très attachant mais qui d’un milieu modeste et dont le vocabulaire est parfois limité. Ce style apporte donc un plus à cette description du paysan russe moyen suivi tout au long de cette journée. Bref, c’est à lire, pas forcément pour le plaisir mais au moins pour la culture.

 

Extrait :

 

Choukhov tira sa cuiller de sa botte. Il y tenait, à cette cuiller : elle avait fait tout le Nord avec lui, fondue qu’elle était – dans le sable, à partir d’un fil d’aluminium – par ses mains à lui, et portant gravée l’inscription : Oust-Ijma, 1944.

Puis il enleva son bonnet (il avait le crâne rasé, mais, par les pires froids, il ne se permettait jamais de manger couvert) et touilla sa soupe à la cuiller, histoire de se rendre compte de ce qu’on avait versé dans l’écuelle. De l’entre-deux : ni le dessus de la bassine, mais pas le fond. Sauf que Fétioukov était bien capable de lui avoir piqué une pomme de terre.

Le bon côté de la soupe, le seul, c’est que c’est chaud. Celle de Choukhov avait complètement refroidi. Il la mangea pourtant avec même conscience. Y aurait-il le feu à la baraque qu’on ne doit jamais se presser. Sommeil à part, l’homme des camps ne vit pour son compte que dix minutes, le matin, au premier déjeuner, cinq au déjeuner et cinq au dîner.

 
Note : 
 

1962 – 189 pages – ISBN : 978-2-266-17246-2
Alexandre Soljenistyne (1918-2008) – Russe

Article initialement publié sur le blog Art Souilleurs

 

Antoine Vitek

Jeune trentenaire et vieux blogueur. Fondateur de Culturez-vous et organisateur de l’association "Un Soir, un Musée, un Verre". Flâneur professionnel et éternel curieux.

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5 commentaires

  1. laura dit :

    bonjour,
    j’aimerai juste savoir pourquoi avoir
    choisit cette extrait pourqui celui-ci?
    merci

  2. Antoine dit :

    Je trouvais qu’il était assez représentatif de l’ambiance décrite par Soljenitsyne : un environnement très difficile, une lutte de chaque instant et toujours cette envie de vivre malgré tout…

  3. Véronique dit :

    J’ai lu pour la première fois Une journée d’Ivan Denissovitch il y a quelques années maintenant (bon, en fait il y a plus de vingt ans!), et j’en garde un souvenir assez vif, que j’ai écrit ici :
    http://vhallereau.net/lemaillagedeslectures/index.php/post/1987-Alexandre-Solj%C3%A9nitsyne%2C-Une-journ%C3%A9e-d-Ivan-Denissovitch
    J’avais en effet été frappée par cette lutte de chaque instant pour survivre et la description extrêmement concrète de cette lutte. Le moment du repas en particulier m’est resté en mémoire. Et cette lecture fut un réel plaisir.

  4. Véronique dit :

    Mais j’en suis bien heureuse ! Bonne lecture

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