Vous avez dit plans-reliefs ? Un musée insolite dans les Invalides…

Bayonne Musée des Plans Reliefs
Bayonne — © Musée des Plans-Reliefs - Christian Carlet

Le Musée des plans-reliefs fait partie des musées improbables de Paris, niché au dernier étage du musée de l’Armée aux Invalides. Petitement mis en valeur par son grand frère voisin le Musée de l’Armée, la raison est qu’il dépend du Ministère de la Culture et du Centre des Monuments Nationaux et non du ministère de la Défense.

Mais, saviez-vous ce qu’est un plan-relief ou « un plan en relief » comme on disait au XVIIe siècle ? Communément, c’est une maquette de place forte ; les plans-reliefs sont donc intimement liés à la l’histoire de la fortification militaire. Ces places fortes ont été construites au XVIIe siècle sous le mandat du ministre de la Guerre Louvois, à la demande du roi de France Louis XIV. Outils de stratégie militaire, les maquettes réalisées ensuite représentent les villes et les campagnes environnantes jusqu’aux limites de portée de l’artillerie classique de l’époque. Réalisés au 1/600e, les plans en relief permettent de réfléchir à de possibles modifications d’ouvrages militaires, voire de simuler des sièges – on joue sérieusement aux petits soldats avant de faire la guerre pour de vrai – ou de voir les faiblesses de certaines villes comme le faisait remarquer le grand Vauban à Louvois :

Il y a le relief de Namur dans les Tuileries ; je vous ferai toucher au doigt et à l’œil tous les défauts de cette place.

Cette collection, à l’origine royale, se développe au rythme des conquêtes des rois de France Louis XIV et Louis XV. Initialement conservée aux Tuileries, puis déplacée à la Grande Galerie du Louvre, elle est transférée dans les combles des Invalides en 1777. De nouveaux plans-reliefs sont réalisés pendant la période révolutionnaire et sous Napoléon Ier, rejoignant la collection régulièrement restaurée.
L’abandon des fortifications bastionnées à la fin du XIXe siècle clôt la collection qui compte une centaine de plans-reliefs. En 1927, elle est classée parmi les Monuments historiques. Le musée pour la conserver est ouvert en 1943, dans les combles des Invalides désormais aménagés.

Voilà pour l’Histoire… mais pourquoi exposer ces maquettes monumentales ? L’intérêt de cette collection – partiellement présentée au public (28 plans-reliefs) en raison de la taille des plans-reliefs et des contraintes de conservation – est non des moindres. Témoignage des évolutions des fortifications urbaines sur plusieurs grandes villes de France, la finesse de réalisation est aussi une source d’informations pour l’histoire de l’urbanisme et du paysage, révélant la nature du tissu urbain et l’équipement des campagnes avant les grandes transformations de la révolution industrielle. Elles ont également un intérêt par les techniques de fabrication, car toutes construites dans un atelier unique par des ingénieurs géographes et des menuisiers. Lors de leur transfert aux Invalides, l’atelier en question a suivi, normalisant ses techniques et, plus important que tout, codifiant une échelle de réalisation, le 1/600e , soit un pied pour cent toises. Grands puzzles composés de tables de bois sculptées et modelées pour représenter les accidents de relief, ces maquettes ont été ensuite floquées au sable fin. Les arbres et les haies sont généralement des chenilles de soie et de fil de fer entrelacés, les eaux sont peintes, les bâtiments sont de petits blocs de bois habillés de papiers peints. Quant à la conservation contemporaine, et notamment le nettoyage, il est fait au laser. Les maquettes exposées sont actuellement climatisées et leur éclairage est limité. Une exposition originale sur un sujet mal connu par le grand public.

Plan Relief Mont Saint Michel

Mont Saint-Michel, abbaye au XIe siècle, enceinte (1256). Monument historique en 1874

Et comme justement le disait Napoléon Ier :

« il n’y a point meilleure carte que ces plans en relief »

Adjointe à l’exposition des plans-reliefs – derrière la boutique du musée –, une exposition explicative des techniques de siège et de l’importance de ces maquettes intitulée « La guerre de siège en maquettes. Un pied pour cent toises » permet au visiteur d’avoir quelques explications qui ne figurent pas dans l’exposition même des plans-reliefs.

 

Informations pratiques :

Musée des plans-reliefs
Hôtel national des invalides
6 boulevard des invalides (Paris 7e)
www.museedesplansreliefs.culture.fr

Tarif plein : 11 € / Tarif réduit : 9 €

Tous les jours sauf le 1er lundi des mois de janvier à juin et d’octobre à décembre
D’octobre à mars, de 10h à 17h
D’avril à septembre, de 10h à 18h

 

Laurent Albaret

Résolument médiéviste et faiseur d’histoires, certains disent que j’ai autant de vies que le @dieu du SMV. Je suis – entre autres – le parrain d’un Pudu des Andes du parc zoologique de Paris, ce qui me permet d’avoir un regard naïf et aimable sur les choses du monde, des musées, de la culture en général, mais également sur le rugby auvergnat. Comme il a été décidé depuis la nuit des temps que l’on a qu’une vie, je dors peu, je lis beaucoup, et j’écris énormément. Une de mes rares facilités. Avec la recette de la truffade et les citations latines utilisées à bon escient. Mais vous n’êtes pas obligés de me croire.

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1 commentaire

  1. Yohan dit :

    C’est toujours impressionnant de voir ces plans-relief. A noter que ceux des villes du Nord et de la Belgique (Lille, Namur, Tournai, Gravelines, Avesnes,…) sont exposés au sous-sol du Palais des Beaux-Arts, à Lille. Je ne passe presque jamais au musée sans faire un tour dans cette salle !

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