La Nouvelle Athènes, une galerie de passionnés

Il y a dans Paris, au 22 de la rue Chaptal, aux côtés du Musée de la Vie romantique, un lieu qui vaut le détour. Si après une petite visite aux dendrites de George Sand et aux toiles d’Ary Scheffer, vous souhaitez encore découvrir des raretés du XIXe siècle, c’est dans la galerie de la Nouvelle Athènes qu’il faut aller.

Le nom de la galerie reprend celui de l’ancien quartier d’artistes dont le cœur battait au rythme de la vie culturelle de Paris. On s’y retrouvait pour aller au théâtre, voir ces pièces dramatiques et spectaculaires appelées « crimes » (et d’où le fameux boulevard parisien tire son nom) ou aller au café-concert. Les artistes, comme Sand ou Delacroix, se rencontraient dans les salons du peintre Scheffer ou de la comédienne Mademoiselle Mars lors de soirées animées par concerts et discussions à n’en plus finir. C’est donc tout naturellement que Damien Dumarquez et Raphaël Aracil de Dauksza ont voulu se situer dans cet héritage intellectuel haut en couleurs de la vie culturelle du XIXe siècle.

Le choix du lieu et ensuite, du nom emblématique en dit long sur leur engagement. Ces deux très jeunes galeristes (pour le milieu du marché de l’art) ont la volonté, à n’en pas douter, de faire vivre la mémoire de la société artistique de l’époque. Après avoir pénétré dans ce qui ressemble tout à la fois à une antichambre et un salon, avec ses rideaux rouges, vous y admirerez de toutes petites lithographies ou des aquarelles de l’époque, selon que votre regard se porte vers le haut des murs ou que votre dos supporte un long examen des esquisses présentées, courbé sur les vitrines. Un élément retient l’attention : un de ces nombreux masques mortuaires comme on en réalisait au XIXe siècle. Il fait partie du fonds permanent de la galerie. Il s’agit en réalité d’une copie du masque mortuaire de Beethoven, fabriqué « en série », peut-on dire par un anachronisme volontaire. L’un des deux galeristes, ravi de partager sa joyeuse érudition vous expliquera que cette volonté d’exister pour l’éternité a failli coûter la vie à l’homme… En effet, le plâtre qui servait au moulage, retiré quelques minutes trop tard avait failli boucher à jamais les narines de l’illustre compositeur. D’autres anecdotes sur le quartier, sur la condition des artistes ou sur le contexte de production des œuvres vous seront de même transmis au gré de la conversation, facile à entamer tant l’accueil des galeristes est chaleureux.

L’accrochage du lieu est régulièrement renouvelé au gré d’expositions thématiques. Elles permettent ainsi de mettre la main, et surtout les yeux, sur de véritables petites merveilles. Esquisses, sanguines et dessins préparatoires étaient ainsi visibles lors de l’exposition inaugurale consacrée au dessin. Cette sélection se révélait d’emblée judicieuse car le domaine des arts graphiques connaît un regain d’intérêt très vif chez les connaisseurs. Paul Delaroche, Evariste Luminais, Paul Baudry…tous ces peintres académiques, parfois qualifiés dans des fureurs de modernité de « pompiers » sont, sans surprise, bien représentés. C’est ainsi dans un écrin plus intimiste qu’à Orsay ou d’autres grands musées que vous pourrez vous laissez surprendre par un XIXe siècle peut-être moins connu. Des stars de l’iconographie du siècle, comme Achille Devéria ou Alexandre-Gabriel Decamps sont également présentes par des gouaches ou aquarelles, de celles qui circulent encore sur le marché. Toutes ces images donnent le délicieux sentiment de saisir l’esprit de l’époque… Des portraits en miniatures, des exercices des élèves de l’Académie des Beaux-arts, tels ces nombreux nus masculins de Drolling, Delaroche et confrères, les nombreuses esquisses réalisées en amont des grandes peintures d’histoire ou à destination des décors de théâtre permettent, de la même façon de se replonger dans un passé qui ne semble, tout à coup, plus si éloigné. C’est que les découvertes picturales et artistiques de ce siècle si riche semblent, de fait, inépuisables !

 

La galerie est à retrouver au Grand Palais le week-end des 11 et 12 avril 2014 pour la tenue du Salon International de l’estampe et du dessin. Vous pourrez admirer sur le stand de la Nouvelle Athènes des caricatures et des œuvres de Lalaisse, des dessins de l’école de David, de très beaux fusains d’Amaury-Duval ainsi que des matrices de gravure de Gustave Doré.

 

Informations pratiques :

 

La Nouvelle Athènes
22 de la rue Chaptal (Paris 9e)
http://lanouvelleathenes.fr/

 

Bénédicte

Etudiante en histoire de l’art, je cultive Paris depuis que je l’habite, de façon permanente, depuis deux ans déjà. Je vous parlerai de ce que j’y vois, de ma sympathie pour les choses plus ou moins « culturellement identifiables ». Je passe plusieurs fois dans la semaine vérifier si Hippomène poursuit toujours Atalante, que jamais il ne rattrapera, tout figé dans le marbre qu’il est, cour Marly, au Louvre. Vous pouvez donc souvent me trouver dans les musées, en compagnie du SMV, nom de code du groupe « Un Soir, un Musée, un Verre », à Orsay, dans les galeries d’art, à la Fondation Cartier… Ou tout à fait ailleurs. Car « la vraie vie …»

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