Les autoportraits de Kourtney Roy

Hope, Kourtney Roy

Une Amérique à la Lana Del Rey ? L’univers de David Lynch transposé dans celui de la photographie de mode ? Des pin-up de papier glacé dans un décor aux couleurs saturées ? Des images surfant sur la vague rétro façon Mad Men ?
Comment définir le travail de la canadienne Kourtney Roy ? Une chose est sûre, il ne peut se résumer à l’une de ces paraphrases. Car il y a chez elle cette inquiétante étrangeté d’un univers vénéneux à l’esthétique ultra soignée. La beauté prime pour mieux laisser l’absurde faire irruption. Le drame n’est jamais non plus très loin et les piscines californiennes sont celles où l’on noie dans un silence ouaté des jeunes femmes trop belles … «Ultraviolence », pour nous rappeler une certaine chanteuse. En réalité, il ne s’agit pas du tout d’autoportraits traditionnels d’artiste ; si la photographe se met elle-même en scène, c’est que, selon ses propres mots :

«[elle] n’aime pas, l’idée de projeter [s]a vision du monde sur les autres ».

Elle se sert de sa plastique de femme comme d’un support à fantasmes, incarnant des prototypes de stars hollywoodiennes, de femmes au foyer, de secrétaires obéissantes, mais aussi de vengeresses au regard glacé.

The Autoportraits, I, Kourtney Roy

The Autoportraits, I, Kourtney Roy

Ses autoportraits font immédiatement penser à ceux de Cindy Sherman, en particulier ceux de la série Untitled Film Stills (1977-1980). Tout comme pour sa prédécesseure américaine, il s’agit pour Kourtney Roy d’une utilisation de son image de femme pour piéger le spectateur. Dans ses mises en scène, elle ne se représente pas elle-même pour ce qu’elle est mais s’amuse à jouer des personnages féminins stéréotypés, éloignés de la réalité. Elle les incarne par l’intermédiaire du médium photographique afin de déranger le regardeur. Une zone d’inconfort est créée, provoquant le malaise du vraisemblable, brouillant les pistes entre le réel et l’imaginaire.

Lady Dior

Lady Dior

La plupart des clichés de cette photographe de mode pourraient parfaitement illustrer La Femme Mystifiée de Betty Friedan. Au moment de sa parution en 1963, cette autrice américaine y dénoncait la condition des femmes dévolues à la représentation sociale de la bourgeoisie, enfermées dans leurs banlieues pavillonnaires, et qui en devenaient littéralement folles. Une jeune femme se pend, chez elle, son sac griffé à la main ; les velours des fauteuils sont de la couleur d’un sorbet à la framboise. Une femme se tient debout, au milieu d’un riche quartier résidentiel, mais sa robe immaculée ne serait pas aussi belle si une longue traînée de ce que l’on suppose être du sang ne venait la rehausser : il est assorti à son rouge à lèvres vermillon. Comme dans Mulholland Drive, chez Kourtney Roy, les cauchemars sont plus séduisants que les rêves.

Bénédicte

Etudiante en histoire de l’art, je cultive Paris depuis que je l’habite, de façon permanente, depuis deux ans déjà. Je vous parlerai de ce que j’y vois, de ma sympathie pour les choses plus ou moins « culturellement identifiables ». Je passe plusieurs fois dans la semaine vérifier si Hippomène poursuit toujours Atalante, que jamais il ne rattrapera, tout figé dans le marbre qu’il est, cour Marly, au Louvre. Vous pouvez donc souvent me trouver dans les musées, en compagnie du SMV, nom de code du groupe « Un Soir, un Musée, un Verre », à Orsay, dans les galeries d’art, à la Fondation Cartier… Ou tout à fait ailleurs. Car « la vraie vie …»

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