Le vent se lève – Hayao Miyazaki

Annoncé comme le dernier film de Miyazaki, Le vent se lève se révèle être plus qu’un film d’animation, côtoyant les grands films, c’est avant tout un dessin animé dans le plus pur sens du terme où le dessin garde toutes ses lettres de noblesse. Animation pour adulte, ce n’est pas à la fibre de l’enfance que Miyazaki s’adresse cette fois et le merveilleux a quitté la scène. Film plus mature et personnel, il offre un point d’orgue à toute sa carrière, ce qui lui donne une importance capitale.

 

Bande-annonce :

 

 

Miyazaki Le vent se lève AfficheLe film commence par un rêve qui vient en quelque sorte remplacer la part de fantastique à laquelle Miyazaki nous avait habitué. C’est un rêve d’enfant, un rêve d’aviation et de création. Tout au long du film le rêve se déploie et habite le personnage de Jiro souvent montré dormant ou le regard plongé dans les cieux. Parfois le rêve se transforme en cauchemar, une manière d’exorciser la part sombre de la création du héro : un avion puissant et magnifique mais un avion de guerre avant tout.

Si la réalité a remplacé le merveilleux, d’autres thèmes fétiches de Miyazaki sont bien présents.
L’enfance avec le jeune Jiro mais c’est une enfance qui se voit vite malmenée et en proie à la réalité de la vie, des catastrophes et de la pauvreté, tel ces jeunes mendiants à qui Jiro propose le gâteau qu’il vient d’acheter et qui refusent ce geste en s’enfuyant.

La nature se voit dans un premier temps meurtrie, renfermant en son sein un monstre horrible, dénommé tremblement de terre, elle s’ouvre et se déchire. Mais au fil du film, la nature s’apaise se fait forêt et montagne abritant un lieu de villégiature propre à faire naître le plus doux des sentiments. Comme son nom l’indique, la beauté de la nature est surtout ici un hymne aux cieux et au vent qui porte les rêves de l’ingénieur. L’herbe n’est jamais aussi belle que caressée par le vent.

Au delà de la nature, s’il est un thème cher à Miyazaki omniprésent ici et que l’on retrouve dans chacun de ces films, ce sont les machines et bien sûr l’aviation. Une place est faite à tous les moyens de transport qui semblent en quelque sorte avoir remplacé les monstres. Cette parenté avec les monstres se matérialise d’ailleurs dans un des cauchemars du héros : les avions endommagés se voient maculés d’une huile de moteur visqueuse et noire qui ressemble à s’y méprendre au mal qui ronge les dieux animaux dans Princesse Mononoké.

Portant chaque thème du maître, ce film fait figure de testament. L’enfance, le rêve, les monstres, se voient confrontés à la réalité. On retrouve la nature et le vent si présent dans Mon voisin Totoro. L’enfance et sa part de rêve fait écho au courage et à l’enchantement du Voyage de Chihiro. L’onirisme de Princesse Mononoké qui était aussi un film plus destiné aux adultes, fait place à la réalité dans sa beauté et sa tristesse. Ce film testament est renforcé par le poème de Paul Valery Le cimetière marin, dont les vers voient naître l’histoire d’amour du héro et viennent scander chaque moment important de sa vie.

Testament qui s’accompagne d’un hommage à l’aviation de son enfance et de son père. Si les avions et engins volant marquent toute la filmographie de Miyazaki en passant notamment par Porco Rosso, ici c’est l’aviation et la création qui font figure de personnage à part entière dictant la destiné du héro par delà le bien et le mal. Dans Porco Rosso, le Château dans le ciel, les avions et engins volant revêtaient encore une part de merveilleux, ici l’aviation est maître du rêve et de la réalité.

Testament, hommage, c’est surtout un formidable cadeau que nous fait le grand maître en partageant ce qu’il y a de plus précieux : son rêve, un rêve de création envers et contre tous. Un rêve de réalisme, un rêve de délicatesse et de silence, de force et de vacarme, de voyage et de villégiature paisible, de joie et de tristesse. Un rêve pour les enfants que nous restons et les adultes que nous sommes, portés par un même idéal : vivre ses rêves.

 

Réalisateur : Hayao Miyazaki
Sortie le 22 janvier 2014

 
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Mériam

un seul moteur la passion, passion pour le cinéma, passion pour le dessin et l’art en général, passion pour les musées forcément. Une passion que j’aime à partager en tout lieu et surtout chaque semaine dans les musées avec la joyeuse association un Soir un Musée un Verre, dont j’ai le bonheur de faire partie. Une telle passion ne pouvait trouver plus beau lieu que Paris pour être assouvie, parisienne de cœur, j’aime à arpenter les pavés de cette ville qui n’a pas fini de m’émerveiller.

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3 commentaires

  1. Nahe dit :

    Il faut que j’organise une sortie au ciné !

  2. Très beau film, tant dans l’histoire que ses dessins, mais frustrant par ses ellipses si j’en crois ma mémoire.

  1. 1 janvier 2015

    […] des studios. Venait alors sur nos écrans les deux derniers films des fondateurs des studios. Avec le vent se lève Miyasaki était le premier à nous livrer sa dernière vision aux accents de testament où toute […]

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