L’anticorps, premier roman de Julio José Ordovás

J. J. Ordovás, L’anticorps, Editions de L‘Olivier

J. J. Ordovás, L’anticorps, Editions de L‘Olivier

Nous sommes à la fin des années 1970, dans un petit village espagnol aux alentours de Saragosse. Période troublante de l’histoire espagnole, juste après la mort de Franco, où le pays semble doucement sortir de la torpeur, comme si tout le monde avait du mal à y croire, comme si par-dessus tout demeurait la continuité du quotidien.

C’est dans cette période floue, dite de la « Transición » que nous commençons à suivre Jesús. Ayant perdu sa mère, il vit avec son père, un homme renfermé, et sa tante, qui s’est installé avec eux et se consacre quasi entièrement aux tâches domestiques. Il rencontre alors Josu, un jeune punk, tout juste débarqué au village. Commence ainsi le récit d’une jeunesse faite de hasards et d’errances, où se mêlent rencontres, rêves et divagations.

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L’ouvrage m’a beaucoup rappelé le fameux Attrape-cœurs de Salinger, dans sa peinture d’un jeune homme perdu, presque trimballé par sa vie, qui découvre le monde au hasard des rencontres. On a la même impression d’un personnage jeté dans la vie, qui se laisse porter par les expériences, sans y espérer grand-chose, juste l’instant. Le livre se déroule ainsi à travers une succession de scènes anecdotiques ou quotidiennes, où le héros rencontre et se rencontre.

En creux, le lecteur, à travers ce regard mi-désabusé mi-indifférent, découvre une société. Défile une galerie de personnages, souvent hauts en couleur, mais plus finement, se ressent la force voire la violence des rapports sociaux. Le livre nous peint une société hypocrite, souvent absurde, où chacun semble finalement errer. Pourtant, semble se dégager de tout cela quelque chose d’une douceur, quelque chose d’une bienveillance de l’auteur envers son héros.

Le style rappelle aussi l’Attrape cœur dans son côté haché, vif, qui vient se coller aux émotions et au regard du héros. Mais viennent se mêler un foisonnement d’images poétiques, qui rendent l’ensemble plus onirique. Cela est encore plus présent lors les scènes où le héros est drogué, où réalité et délire métaphorique viennent se mélanger. On sent véritablement la marque du poète derrière cette écriture foisonnante et très imagée.

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L’anticorps est un livre prenant, qui parfois nous égare entre rêve et réalité. A travers son héros, l’auteur nous offre un regard sur la société espagnole, dans ses tensions, dans ses errances. Le tout est porté par une écriture très imagée qui fait toute la beauté et la finesse de l’ouvrage. Un premier roman très prometteur.

Julio José Ordovás, L’anticorps, trad. de l’espagnol par Isabelle Gugnon, Editions de L‘Olivier

Julie Garnier

Passionnée par la littérature, la philosophie, l’histoire, l’animation japonaise et mille autres choses encore. Je cherche la poésie lovée au creux des choses. Car oui, « La poésie, c’est le plus joli surnom que l’on donne à la vie » (Prévert).

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1 commentaire

  1. Melissa dit :

    J’ai découvert ce livre par le biais d’une amie et, entre nous, j’ai été agréablement surprise. Ce roman est plein de poésie et ça fait du bien. La fin est juste magnifique.

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