José Saramago – L’aveuglement

Alors qu’il est au volant de sa voiture, un homme devient soudainement aveugle. L’épidémie a commencé et c’est peu à peu tout le pays qui va devenir aveugle. Les premiers contaminés sont mis en quarantaine et vont tenter de survivre dans le chaos qui est le leur. Seule une femme a conservé sa vue, mais peut-elle, seule, réussir à faire vivre une flamme d’humanité parmi des hommes qui sont réduits à l’état de bêtes ?

 

Saramago - L'aveuglement

Je continue donc ma découverte de Saramago. Tout comme je vous le disais pour Les intermittences de la mort, il faut d’abord se faire au style de l’écrivain, très dense et compact. Une fois que l’on s’y est habitué, ce n’est que du bonheur !

Autant vous prévenir, l’histoire est assez glauque. Dans cette situation d’aveuglement total, Saramago imagine comment évoluent les relations entre les hommes et ce n’est pas toujours joli à voir. Pour autant, son analyse des comportements humains me semble remarquable et, malheureusement, assez réaliste.

Le roman est très bien conçu. Jamais nous ne connaîtrons les noms des personnages. Il y a « le premier aveugle », « la femme du médecin » ou encore le « vieillard au bandeau noir », mais aucun prénom. Je ne sais pas si l’écrivain a fait ce choix pour enlever encore un peu plus d’humanité à ces hommes ou s’il a souhaité nous faire jouer un rôle d’observateur qui soit le plus objectif possible… toujours est-il que dans les deux cas, c’est très réussi !

Par ailleurs, à partir du moment où l’épidémie est répandue, tout ce que l’on apprend provient des yeux de la seule femme qui a gardé la vue. On ne saura rien de ce qui se passe en dehors de ce qu’elle arrive à voir. La ruse est fine puisque nous restons ainsi proches des personnages principaux, comme si nous étions plongés, nous aussi, dans leur obscurité.
J’ai cependant été un peu déçu par la fin…

Attention, spoiler !

Pendant 350 pages, on se demande quel est ce mal qui rend tout le monde aveugle et qui préserve une femme seulement de cette malédiction. Bien évidemment, on espère que les dernières pages nous apporteront une réponse ! Mais… non… finalement, tous les aveugles retrouvent la vue aussi soudainement et inexplicablement qu’ils l’ont perdue. Une fin à la deus ex machina qui laisse un peu perplexe…

Et vous, vous avez lu ce livre ? Qu’en avez-vous pensé ?

 

  Extrait :  

Le feu vert s’alluma enfin, les voitures s’élancèrent brusquement, mais il devient vite apparent que toutes ne s’étaient pas élancées également. La première voiture de la file du milieu est arrêtée, elle doit avoir un problème mécanique quelconque, l’accélérateur qui a lâché, le levier du changement de vitesse qui est coincé, ou bien une défaillance du système hydraulique, un blocage de freins, une interruption du circuit électrique, à moins qu’il ne s’agisse simplement d’une panne d’essence, ce ne serait pas la première fois que cela arriverait. Les nouveaux piétons en train de s’assembler sur les trottoirs voient le conducteur de l’auto immobilisée gesticuler derrière le pare-brise pendant que les voitures derrière klaxonnent frénétiquement. Plusieurs conducteurs sont déjà sortis de leur véhicule, prêts à pousser la voiture en panne là où elle ne gênera pas la circulation, ils frappent furieusement contre les vitres fermées, l’homme à l’intérieur tourne la tête vers eux, d’un côté, puis de l’autre, on le voit crier quelque chose et aux mouvements de sa bouche on comprend qu’il répète un mot, non, pas un mot mais trois, c’est bien cela, comme on l’apprendra quand quelqu’un aura enfin réussi à ouvrir une portière. Je suis aveugle.

Note : 

Edition originale 1995, traduit en français en 1997 par Geneviève Leibrick
366 pages – ISBN : 978-2-02-040343-6
José Saramago (1922 – 2010) – Portugais – Prix Nobel de littérature en 1998

Antoine Vitek

Jeune trentenaire et vieux blogueur. Fondateur de Culturez-vous et organisateur de l’association "Un Soir, un Musée, un Verre". Flâneur professionnel et éternel curieux.

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2 commentaires

  1. Grimaud François dit :

    Déçu par la fin parce que ce n’est pas la fin. La fin se trouve dans un autre roman de Saramago : La lucidité. Le contraire de l’aveuglement…

    Cordialement

  1. 21 juin 2013

    […] José Saramago – L'aveuglement […]

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