Auguste Perret et l’église Saint-Joseph du Havre

Les années 1945 marquent en France le début de la grande période de la Reconstruction. Bombardées pendant plus de quatre années d’affilée, de nombreuses villes de France ont été détruites dans leur totalité et de longs et laborieux chantiers de reconstruction se mettent progressivement en place afin de redonner un visage à ces agglomérations fantômes. L’architecture urbanistique jusqu’ici classique est alors entièrement repensée à l’aune des nouveaux progrès aussi bien industriels, économiques que sociaux.

De nombreux architectes tels que Maurice Novarina, Marc Brillaud de Laujardière, Jean-Frédéric Battut et Robert Warnesson ou encore Charles-Édouard Jeanneret dit Le Corbusier sont appelés afin de reconquérir l’espace urbain en ruine. En 1952, Auguste Perret s’illustre lui aussi dans la reconstruction emblématique de la ville du Havre. Né en 1874, cet architecte, réputé complexe, introduit dans ses plans l’utilisation d’un matériau simple et noble  le béton armé – et avec lequel il réalise l’ensemble de son oeuvre. Aux très nombreux ornements issus de l’art nouveau, il préfère un style sobre, épuré et brute, laissant ainsi libre court à l’imagination.

Reconstruction de la ville du Havre © Patrice Talvast Le Havre Historique Contemporain

Reconstruction de la ville du Havre © Patrice Talvast Le Havre Historique Contemporain

Dans ce mouvement de modernisation, les édifices religieux se trouvent eux-aussi confrontés à ces réflexions et problématiques. Car avec près de 4000 édifices qui ont été détruits ou abimés dans toute la France durant la Seconde Guerre Mondiale, le paysage de l’architecture sacrée est lui aussi décimé. Dès lors, ce n’est plus seulement l’architecture mais l’art sacré dans son ensemble qui se doivent d’être repensés afin de répondre au mieux aux nouvelles attentes et enjeux  – population croissante, matériaux nouveaux, extension des villes  –  des sociétés d’après-guerre.

L’église Saint-Joseph du Havre, œuvre conçue par Auguste Perret en collaboration Raymond Audigier, incarne à ce titre cette nouvelle dynamique investissant le domaine de l’architecture sacrée. Menés à partir de 1951, les travaux de construction de l’église ne s’achèvent seulement qu’une dizaine d’années plus tard, en 1961. L’ancienne église néo-gothique qui s’érigeait auparavant laisse désormais la place à un bâtiment conçu comme un phare et en écho avec l’architecture moderne qu’il a imaginé pour l’ensemble du centre-ville du Havre.

Résolument moderne, l’édifice est réalisé en béton armé, ce qui ne manque pas de lui conférer, de prime abord, une apparence brute, imposante et austère, contrastant ainsi avec l’architecture habituelle des édifices religieux. A l’intérieur, toute la prodigieuse réflexion et la prouesse technique de ces deux architectes, aux visions pourtant divergentes, font éclat. En effet, grâce aux milliers de vitraux, conçus par le maitre-verrier Marguerite Huré et nichés dans la tour principale, l’architecture devient légère, lumineuse et se pare de sept couleurs aux tons chauds dont le rouge, le blanc, le vert clair et foncé, le jaune, le violet et l’orange.

C’est environ 6500 pièces de verres, dont les couleurs ont été choisies en fonction de l’orientation de la lumière extérieure, qui composent cet espace architectural en forme octogonale et d’une hauteur de 110m. Composée d’un cœur comprenant à la fois la nef principale, l’autel et le ciborium, l’église est par ailleurs dénuée de toute décoration, sculpture et autre mobilier. Ces choix révolutionnent alors la l(v)isibilité de l’art sacré qui devient moins faste et plus abstrait. A la fois symbole de la renaissance de la ville du Havre, l’église est aussi un hommage aux victimes de la Seconde guerre mondiale. Elle s’impose alors comme emblème de la reconstruction des églises et de l’architecture du XXème siècle puis est inscrite sur la liste des monuments historiques en 1965.

A partir des années 1960, la réforme liturgique impulsée par le Concile Vatican II en 1962-1965 affirme cette volonté de voir l’architecture des églises davantage ancrée dans l’espace urbain des villes, tout comme la place de l’église dans la société. De nombreuses églises sont alors reconstruites dans cet esprit et prennent le chemin de l’architecture moderne telles que l’église Saint-Rémy à Baccarat, l’église Sainte-Anne à Nancy puis plus tard l’église Notre-Dame d’Espérance à Paris dans le 11eme  arrondissement ou encore l’église Notre-Dame d’Arche d’Alliance à Paris située dans le 15eme arrondissement.


 

Pour aller plus loin sur ces sujets, on vous propose de consulter :

  • Les archives en ligne sur l’exposition qui a été consacrée à Auguste Perret au Palais d’Iéna par le Conseil Économique Social et Environnemental (CESE) : http://www.expositionperret.fr
  • Le très intéressant ouvrage sur la thématique de l’art contemporain dans les églises de Fanny Drageon et Isabelle Saint-Martin : (Sous la direction de) Drageon Fanny et Saint-Martin Isabelle, l’art actuel dans l’église de 1980 à nos jours, édition Ereme, 2012, Paris, 123 p.
  • Enfin, on vous recommande plus que vivement la revue en ligne Narthex où l’on retrouve au quotidien toute l’actualité culturelle liée au patrimoine religieux : http://www.narthex.fr

Cécile Corne

"Vois-tu, petite, le succès d’un musée ne se mesure pas au nombre de visiteurs qu’il reçoit, mais au nombre de visiteurs auxquels il a enseigné quelque chose. Il ne se mesure pas au nombre d’objets qu’il montre, mais au nombre d’objets qui ont pu être perçus par les visiteurs dans leur environnement humain. Il ne se mesure pas à son étendue, mais à la quantité d’espace que le public aura pu raisonnablement parcourir pour en tirer un véritable profit. C’est cela le musée (...)." Georges-Henri Rivière

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2 commentaires

  1. 3 décembre 2015

    […] L’église Saint-Joseph du Havre, conçue par Auguste Perret en collaboration Raymond Audigier, incarne la nouvelle dynamique de modernisation des édifices religieux  […]

  2. 15 janvier 2017

    […] L’exercice principal sera basé sur l’église Saint-Joseph du Havre. […]

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