Courbet et la nature, l’exposition de l’abbaye d’Auberive

Abbaye d'Auberive
© Abbaye d'Auberive

En France, les histoires se font et se défont, et les patrimoines s’en trouvent ainsi constamment réappropriés. L’abbaye d’Auberive en est un exemple parfait : l’endroit, qui fût tour à tour abbaye cistercienne, prison pour femmes, colonie de vacances pour garçons et, désormais, centre d’art, est l’un des plus attachants que l’on puisse visiter. Les pierres se mélangent et l’on peut passer sous une porte du XIIIème siècle pour arriver dans un ancien réfectoire du XVIIIème, avant de pénétrer dans une cour lumineuse qui accueille une sculpture d’art contemporain. Ainsi des dialogues se créent, remuant les esprits et stimulant l’imagination des ses actuels propriétaires, une sympathique famille d’amateurs d’art. Jean-Claude Volot, le père, est l’initiateur du projet, celui qui a racheté le bâtiment en ruines pour en faire la petite merveille qu’est l’Abbaye d’Auberive aujourd’hui ; Alexia Volot, la fille, est commissaire de la toute nouvelle exposition présentée au premier étage et consacrée à Courbet. Et le chat, tranquille, se balade dans la librairie, grimpant sur les étagères et passant comme une ombre pastel.

Avant de vous parler de l’exposition, il est donc impossible de résister à la tentation de vous décrire l’endroit enchanteur qui l’accueille. L’abbaye se trouve à une soixantaine de kilomètres de Dijon, dans un petit village aussi calme que le cours de la rivière qui traverse le domaine. De grandes pelouses se déploient entre les bâtiments, ponctuées de vergers appétissants, de grands arbres et de rosiers au rouge éclatant. Par-ci, par-là, quelques sculptures d’une très grande qualité représentent des hommes et des femmes, l’un attendant sur un banc, les autres marchant au pas et évoquant les anciennes prisonnières (parmi lesquelles l’admirable Louise Michel, qui resta ici durant de longs mois). Deux chapelles, une cour, un bâtiment principal et d’autres secondaires : peu importe, c’est la nature environnante qui est sensationnelle, et l’on resterait bien des heures à se promener silencieusement, avant de s’allonger dans l’herbe pour bouquiner aux côtés des libellules.

Mais si nous voulons être plus sérieux (et nous le devons), il suffit d’entrer dans la partie muséale de l’abbaye. Là, une exposition de paysages de Gustave Courbet introduit les œuvres contemporaines d’une petite dizaine d’artistes, tous contemplatifs et inventeurs de paysages à la saveur inédite. Tout d’abord donc, on se plonge dans l’œuvre du maître, impressionnant bonhomme dont les propos virulents sur le paysage sont ici cités, témoignant de son avant-gardisme : la commissaire de l’exposition explique avoir voulu que le spectateur « entre dans l’univers de Courbet par la parole, par son écriture », permettant ainsi au passage d’animer ses vues de montagne assombries par le temps. Une roche pourrie, un passage de chevreuils, une petite bergère, voilà ce qui constitue l’essence de ses paysages, loin d’être idéals comme le voulait la peinture officielle de l’époque, mais sincères et tous réalisés dans la région qu’il connaissait par cœur, où il passait des heures entières à marcher et à chasser.

Avec cet artiste plus qu’avec aucun autre se pose l’épineuse question de l’attribution, sa signature se retrouvant sur un bien grand nombre de toiles. Le problème est ici partiellement résolu par la commissaire avec une salle consacrée aux élèves de Courbet, ceux-ci accueillant parfois sur leurs toiles la signature de Courbet, à la dernière minute de la création. Le maître n’était pas fainéant pour autant, mais plutôt extrêmement demandé, les commandes pleuvant aussi abondamment que les dettes qu’il devait rembourser.

Enfin, c’est le cœur de l’exposition, le dialogue établi avec une sélection d’artistes contemporains. On attaque direct avec un Hommage à Courbet très excitant de Paul Rebeyrolle, qui reprend L’Origine du monde tout en lui ajoutant de vrais poils, un vrai drap et une main coquine qui s’avance vers le sexe offert… Ce clin d’œil introduit ses paysages en volumes, accumulations de branches et de peinture quasi-violentes. Plus douce, l’excellente peintre polonaise Malgorzata Paszko séduit grâce à de grandes toiles aux paysages vaporeux, rappelant Peter Doig et invitant à la perte de repères dans la contemplation. On aime aussi Eva Jospin, qui présente de grands paysages de forêts de carton, installations aussi oniriques, profondes et mystérieuses que le sexe touffu de L’Origine du monde. Quant aux autres, chacun a son idée, Jacques Perconte crée des paysages en vidéo, Evi Keller joue avec les reflets noirs et blancs d’une eau imaginaire… Et chacun invite à pénétrer dans un univers particulier, quasi-mystique, résonnant merveilleusement avec les murs de l’Abbaye. L’émotion est charmante, naturelle et songeuse : un rêve.

 

Informations pratiques :

Abbaye d’Auberive
Place de l’abbaye, 52160 Auberive

Exposition à voir jusqu’au 25 septembre 2016
Horaires variables selon les périodes de l’année. Consultez le site de l’abbaye.

Plein tarif : 8 € / Tarif réduit : 4.5 € / Gratuit pour les moins de 12 ans

Maïlys

«Ce que je veux dire, c’est qu’elle avait des yeux où il faisait si bon vivre que je n’ai jamais su où aller depuis.» (Romain Gary, La promesse de l’aube)

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1 commentaire

  1. 11 juillet 2016

    […] L’abbaye d’Auberive présente jusu'au 15 septembre 2016 une exposition consacrée aux paysages du peintre Gustave Courbet.  […]

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