Toni Erdmann, un bijou de sensibilité et d’humour

Toni Erdmann

Toni Erdmann. L’histoire somme toute banale d’une jeune femme d’affaires brillante, intransigeante et carriériste, expatriée, qui ne voit que rarement son père et ne s’en porte pas plus mal. Jusqu’au jour où ce dernier décide de lui rendre visite et chambouler de manière peu commune les rouages bien huilés de sa vie contrôlée au millimètre près.

Toni Erdmann sera le pseudonyme du personnage que s’invente le père d’Inès pour l’aider à retrouver un sens à la vie. Car si la jeune femme ne manque pas de mordant – comme le lui fait d’ailleurs remarquer son supérieur – et fait tout pour s’affirmer dans ce milieu masculin et sans merci, elle reste bouche bée lorsque son père lui demande tout simplement « es-tu heureuse ? ».

Toute en contraste avec ce père envahissant, lourdaud et sans ambition qu’elle a fui, la jeune femme se réfugie dans une carrière certes brillante, mais une vie dénuée de sens. Un appartement aussi lisse et design que sur un catalogue, une garde-robe aussi chic qu’inconfortable, un collègue avec lequel assouvir ses pulsions sexuelles les plus vides de sentiments… ce monde de petits fours, de champagne et de « small talks » est certes synonyme de pouvoir et d’argent, mais est-ce là le bonheur ?

S’abritant derrière un dentier, une perruque ridicule et un pseudo travail de coach, Toni Erdmann imposera ainsi sa présence à Inès avec malice dans tous les aspects de sa vie, de son travail jusqu’en boîte de nuit, dans un enchaînement de situations désarçonnantes et terriblement drôles.

Derrière ce binôme maladroit et déconnecté du père et de la fille s’agite une galerie de personnages tous plus justes les uns que les autres : la jeune assistante prête à tous les sacrifices pour progresser et satisfaire sa chef, le client et le manager misogynes et intraitables, les « amies » superficielles et plus fausses que jamais…

Ce monde du travail sans âme, où il s’agit de se battre pour licencier en masse, cette expatriation dont elle ne goûte absolument pas les charmes locaux (là où son père, en quelques jours sur place, en découvrira bien plus qu’elle sur la culture roumaine), cette fuite en avant loin du modèle familial rejeté… autant d’éléments de réflexions sur la vacuité d’une existence a priori parfaite, mais pourtant sans saveur ni raison de vivre.

Relativement long – 2h40 que l’on ne voit pourtant pas passer –, le film laisse l’intrigue et le cadre s’installer progressivement, pour atteindre une apothéose du loufoque, si jouissive pour le spectateur que l’on ne saurait trop en révéler de peur de la gâcher.

Toni Erdmann est un film ovni. Un film qui, ni complètement dramatique ni comique, cache derrière de nombreuses scènes burlesques, une palette de réflexions et d’émotions jouées avec une grande justesse. Le portrait décalé d’une société hyper capitaliste dans tous ses travers, qui n’impose pourtant aucune leçon de morale ni de solution simpliste. A découvrir à tout prix.

 

Bande annonce :

 
Film réalisé par Maren Ade, sorti le 17 août 2016.
Sélectionné au Festival de Cannes 2016.

Clémence Vernoux

Passionnée de culture : photographie, musique, cinéma, théâtre, voyage… j’aime découvrir et partager mes impressions par les mots et les photos. Depuis que Paris est devenue « ma » ville, pas une journée ne passe sans que je ne m’émerveille de sa beauté et de la multiplicité des possibles…

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