Rentrée littéraire 2014 : on a lu Une éducation catholique de Catherine Cusset

Catherine Cusset - Education catholiqueUne éducation catholique est le tout dernier livre de Catherine Cusset, auteure française née en 1963 à Paris – que nous aimons beaucoup. Catherine Cusset écrit à la première personne et se met dans la peau de Marie depuis plusieurs romans déjà. Autobiographie véritable ou fiction, c’est un peu mystérieux, mais le talent est là, et les phrases courtes et précises de Catherine Cusset nous emportent avec elles.

Marie, donc. La Marie de La Haine de la famille et d’Un brillant avenir nous raconte ici ses premiers pas dans la vie spirituelle, élevée dans la foi catholique et dans l’amour des livres, puis grandie dans la sensualité et la poésie.

Deux parties se dessinent dans Une éducation catholique : l’enfance et l’adolescence. Enfant, elle suit son père à la messe et observe dans la religion catholique des valeurs qui lui parlent et la touchent. « Le message du catéchisme m’atteint profondément. » Certains épisodes, certaines formulations humanistes et modestes, certains passages pacifistes lui inspirent ses principes et son attitude d’enfant sage : « le message de Dieu est, je le comprends, un message d’effacement de soi. (…) Il faut que je sois le plus gentille possible, que je range la cuisine, que j’aide maman. » Parfois, elle est tentée de se laisser aller à la sensualité d’une lecture bien installée sur le canapé plutôt que d’aller à la messe ; mais elle ne résiste guère longtemps à l’autorité paternelle. Son père incarne la rigueur religieuse, la sévérité. Sa mère, c’est la liberté, l’athéisme.

Puis, Marie suit des études littéraires pointues, où elle fait preuve d’une intelligence sensible plutôt que cérébrale. Elle observe d’ailleurs en elle-même un penchant romantique, toujours mielleux, parfois presque mièvre…

Elle vit ses premières grandes histoires d’amitié et d’amour de manière si intense qu’elle assimile cela à de l’amour spirituel, où ses proches remplace le Dieu catholique. « Ximena entre dans ma vie. Dieu en sort. » Ximena se moque de la religion. Elle incarne la rigueur des études, des lectures, où les grands auteurs sont des autorités suprêmes et où seuls les aventures des dieux grecs sont intéressantes. Marie est fascinée, presque aspirée par Ximena, qui est son amie mais qui ne cesse de la rappeler à l’ordre. Ximena est si droite, si cultivée : « Ximena, c’est Dieu le père. Elle énonce la loi. »

Et pourtant,  la chair (et de manière littéraire, la poésie) fait petit à petit sa place dans son apprentissage. Elle regarde les hommes, les femmes, avec désir, un désir qu’elle cache à Ximena comme on voudrait cacher ses péchés à celui qui exerce l’autorité. Terrifiée à l’idée de lui déplaire, de lui rappeler l’existence de sa personnalité poétique et gluante, elle se rapproche d’autres personnes, plus aptes à la comprendre et à partager avec elle des heures enflammées.

Puis, Marie vit ses premiers amours avec inconstance : incapable d’être fidèle, elle détache son corps de son cœur et s’attache à un homme qu’elle ne cesse de tromper. La possibilité d’un Dieu s’éloigne petit à petit : Marie regarde son caractère volage et fait le constat chaque jour de la difficulté de résister aux désirs.

Une éducation catholique raconte donc l’histoire de croyances qui s’effacent petit à petit, pour laisser place à des possibilités plus sensuelles et plus légères. Le livre possède une force douce, une humilité créatrice grâce aux phrases courtes, où chaque mot est évocateur. Ce n’est pas le meilleur livre de Catherine Cusset, mais il est une belle preuve de son talent.

 

Extrait :

 

Dans l’attente de la confession, je reste assise à l’écart et me ronge les ongles en me demandant comment je vais trouver le courage d’avouer. Je le dois. Ou ce n’est pas une vraie confession, et je ne serai pas digne de faire ma communion et de goûter le corps du Christ. Ce sera une mascarade, un sacrilège. Il le saura, Celui qui voit tout. Mais comment pourrai-je, ensuite, le regarder en face, l’appeler « mon père » ? Il va me mépriser. Me chasser de l’église. Autour de moi, les filles caquettent, joyeuses et pas du tout inquiètes. Quand vient mon tour, je souhaiterais m’évanouir. Je m’avance vers le prêtre avec plus de terreur qu’Abraham conduisant son fils à l’autel. Il me faut une bravoure à la hauteur de ma foi en Dieu pour que sortent de ma bouche les mots autodénonciateurs. Je n’y arrive pas complètement. C’est impossible. Je me résigne à un compromis. Juste un aveu, celui d’un tout petit vol. Après tout, la partie vaut pour le tout. C’est l’aveu qui compte, l’aveu de l’acte. Que j’aie volé un œuf ou un bœuf, quelle différence ? Les yeux baissés, les joues écarlates, je confesse :
« Mon père, j’ai volé un crayon au supermarché. »
Un crayon, quand il s’agit de trousses entières. Le ciel ne s’est pas effondré. Le prêtre ne me dévisage pas avec horreur, n’appelle pas sur moi les foudres divines, ne prévient pas la police. De sa voix douce il me demande de réciter dix fois le Notre Père, et m’absout. Je sors du confessionnal, infiniment soulagée et fière. Maintenant je peux communier dans la vérité. Même si le vol enfreint un des dix commandements, ma confession me rapproche de Dieu parce qu’elle m’a demandé un courage aussi grand que celui de saint Georges luttant contre le dragon ou de saint Antoine contre ses démons.

 
Note : 
 

2014 – 144 pages – ISBN : 978-2070146420
Catherine Cusset – Française
Editions Gallimard

 

Maïlys

«Ce que je veux dire, c’est qu’elle avait des yeux où il faisait si bon vivre que je n’ai jamais su où aller depuis.» (Romain Gary, La promesse de l’aube)

Vous pourriez aussi aimer...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Abonnez-vous à notre Newsletter

Chaque mois, recevez le meilleur de Culturez-vous dans votre boite mail !

Merci ! Consultez votre boite mail pour valider votre inscription.